Third Man Records, ou une autre histoire du retour du vinyle

2001, Jack White fondait Third Man Records. A l’origine un simple nom pour récupérer un bâtiment où il pourrait stocker tout son matériel à Détroit et avoir une structure pour rééditer en vinyles les sorties des White Stripes, l’ensemble devient en 2009 un véritable complexe musical en plein cœur de Nashville, Tennessee.

Cet article est une version réécrite et un peu modifiée d’un podcast tourné en live sur Twitch que vous pourrez retrouver ici.

« Your Turntable’s Not Dead »

Après plusieurs années en tant qu’entrepôt, Third Man Records s’établit donc en 2009 à Nashville. Dès son ouverture, le principe est simple : Third Man Records sera une boutique, les QG du label mais surtout The Blue Room, une salle de concert unique au monde, permettant de produire et masteriser un vinyle en direct de ce concert-ci. L’idée est simple (et bien entendu géniale) et très rapidement, la machine se met en route.

A commencer par le boss lui-même, Jack White, qui profitera de l’ouverture des locaux pour présenter par la même occasion son dernier projet en date (nous sommes toujours en 2009) : The Dead Weather. Ainsi la première sortie en vinyle de Third Man Records (TMR-001) ne sera pas une ressortie des White Stripes, mais le premier single des Dead Weathers (Hang You from the Heavens/Are ‘Friends’ Electric?).

La seconde release sera pour le coup le dernier album studio des White Stripes, Icky Thump, ici dans une version mono, et exclusive à un des éléments important du label : The Vault.

The Vault, clé de voute commerciale de Third Man Records

Dès les début de Third Man Records, The Vault fut un des éléments les plus importants. Entre fan club et abonnement, The Vault vous permet, moyennement une dépense trimestrielle ou annuelle, de recevoir chez soi un enregistrement exclusif, en avant première ou bien dans une édition ultra limitée. De plus, c’est un 10% sur tout le store qui est proposé, ainsi qu’un accès unique à certains produits ou éditions.

Une idée originale qui prend pour le coup assez vite. Une idée simple, mais qui permis de façon globale le développement dans la branche musicale des éditions limitées en tout genre pour les vinyles. Ce qui est intéressant, c’est de voir que par moment, le procédé va plus loin qu’une simple sortie en avant première et une couleur différente, mais bel et bien un mix différent (comme le mono de Icky Thump). C’est pour nous là où The Vault fait fort et devient plus qu’une simple offre de collectionneur addict de l’univers de Jack White.

Tout créer en un endroit

La véritable idée de Jack White derrière Third Man Records, c’est de pouvoir s’occuper de l’ensemble de la production et création d’un album, live, projet musical en un endroit. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve au centre de tout cela cette Blue Room, pouvant servir autant de salle de concert, studio d’enregistrement live ou de studio de photographie.

Lorsque vous vous retrouvez dans la boutique en ligne comme physique de Third Man, il est assez aisé de savoir ce qui est enregistré sur place : Live From Third Man, Blue Live session, Blue series, Green series… Si la volonté n’est pas d’absolument tout produire sur place (Jack White himself n’hésite pas à varier les studios d’enregistrements d’un album à un autre) il s’est créé tout de même une sorte de son Third Man Records au fil des années. Et cette dimension se veut en totale cohérence avec une certaines tradition de l’histoire des labels américains, comme nous allons le mentionner par la suite.

C’est ainsi qu’en 2013, dans cette volonté de proposer cette expérience au plus près du direct pour les artistes comme pour le public qu’a été mis en place dans cette Blue Room cette machine de gravure d’acétate, permettant ainsi un enregistrement direct et pur sur un format physique.

Pour simplifier le processus : vous enregistrez, tout ce qui est capté par les micros est repris dans la table de mixage qui va à la fois mixer le concert (sortie dans les haut parleurs de la salle) mais aussi le vinyle en acétate (sortie vers la machine), ainsi, vous vous retrouvez à la fin avec un concert entièrement enregistré sur 1 à 3 vinyles. Il ne reste plus qu’à le presser et c’est prêt. Le tout avec un processus entièrement analogique ici ! Une des volontés de Jack White et son équipe est ainsi de revenir au son le plus pur possible, au plus naturel dans le processus d’enregistrement.

C’est dans cette logique que lors de l’ouverture du second bureau à Detroit, un des gros projets a été de créer pour Third Man Record leur propre manufacture de vinyle. En effet, toute la production de Nashville était jusqu’à présent réalisée par United Record Pressing, se trouvant à quelques rues des headquarters, et un des derniers bastion du pressages de vinyle aux USA. C’est ainsi qu’est né Third Man Pressing, avec des machines de pressages neuves, les premières construites en 35 ans. Aujourd’hui, c’est donc une bonne partie voir l’ensemble de la production et des ressorties signées Third Man records qui sont traitées à Detroit, permettant une indépendance de production totale.

Mais l’équipée ne s’arrête pas là, et continue a s’étendre, avec l’ouverture en septembre 2021 d’un Third Man Record Store à Londres, autre terre sacrée de la musique. Shop, salle de concert et siège social européen de l’entreprise, jusqu’où ira Third Man ? La bonne nouvelle pour nous, c’est que nous pouvons plus facilement commander nos vinyles depuis l’Angleterre et non plus les USA désormais même si avec le brexit, cela ne vas pas aider au niveau des douanes.

Retracer l’histoire de la musique enregistrée

Car oui, Third Man Records, ce n’est pas qu’un simple label avec son pool d’artistes et ses concerts exclusifs. L’entreprise s’est aussi dirigée petit à petit vers la réédition en vinyle de vieux singles et albums issus de différentes époques. On y retrouve ainsi par exemple des extraits de catalogue de Chess, Sun ou encore Tamla. On revient à ce que l’on vous disait précédemment, où Third Man Records s’installe comme un véritable renouveau de ces labels/studios au son si iconiques, où on achetait presque un 45 tour de Chess Records non pas forcément pour l’artiste mais pour sa production.

C’est ainsi qu’il semble logique aussi que des artistes d’aujourd’hui signés chez Third Man Records, dans cette volonté de sonner « authentique », « vintage », se retrouvent à enregistrer soit à Nashville, soit dans des studios mythiques. Le premier album de Margo Price a par exemple été enregistré aux studio de Sun Records, et pour revenir à notre Jack White, l’album Boarding House Reach a été en partie enregistré à Nashville et en partie dans les studios de Capitol Records.

Et si on allait encore plus loin dans la démarche ? Car oui, c’est ce qu’a fait Third Man Records, avec de très grands et beaux projets autour de l’histoire de la musique enregistrée. Tout d’abord via un partenariat avec la Paramount pour ressortir l’ensemble des enregistrements sortis entre l’après-guerre et les années 30.

C’est pas assez ? TMR a également travaillé avec Document Records pour des ressorties de l’intégralité des enregistrements de bluesman tel que Charley Patton. Et pour boucler cette boucle, si on retrouve les ressorties de groupes plus modernes tel que les Melvins ou Sleep, le plus gros projet de Jack White et donc par extension de Third Man Records autour de l’histoire de la musique enregistrée se prénomme American Epic.

American Epic

American Epic est tout d’abord une série de 3 documentaires retraçant les origines de la musique enregistrées. 4 documentaires passionnants de bout en bout, permettant notamment d’entendre pour la première fois des morceaux dans des versions jamais entendues jusqu’ici. Mais American Epic, c’est aussi un 4e documentaire appelée American Epic : The Sessions. Un projet de longue date qui a été conçu également en collaboration avec des institutions tel que la fondation Alan Lomax (on en parlera une prochaine fois et de son importance historique).

Et là, mes amoureux de la musique, vous aurez ici peut être un de vos plus beaux orgasmes audiophile de votre vie. Le principe est simple : Jack White et T. Bone Burnett invite ses copains et des grands artistes, à venir enregistrer comme dans les années 20, avec une authentique machine d’époque, la dernière fonctionnelle, avec les contraintes qui vont avec : un seul microphone disponible, et moins de 3 minutes à enregistrer. Entre autre, vous y trouverez le meilleur enregistrement de Elton John depuis 40 ans.

Mais du coup, Third Man Records dans tout cela ? Et bien grâce à eux, vous pouvez vous procurer pas moins de 7 compilations de musiques de l’époque utilisées dans la série (soit une centaines de morceaux) en plus du coffret 3 vinyles des American Epic : The Sessions qui est selon nous une des œuvres capitales de ces dernières années pour tout amoureux de la musique et de son histoire.

Moderniser le vinyle et le rendre cool

Mais jusqu’à présent, nous parlons de musiques du passées, n’attirant qu’une petite niches d’historiens de la musiques ou de passionnés. Un des challenges que s’était posé Third Man en arrivant en 2009 dans le milieu a été de redorer le blason du format physique et plus précisément du vinyle qui était quasiment inexistant à l’époque. L’occasion donc d’expérimenter et de proposer des formats et idées toujours plus folles les unes des autres, que ce soit sur des choix de couleurs de vinyles, des qui s’illuminent la nuit, mais aussi des choses musicalement originaux.

Une des plus belles tentatives est l’Ultra LP de Lazaretto, le second album solo de Jack White. morceaux cachés à l’extérieur et intérieur du vinyles, plusieurs morceaux du vinyles écoutables à différentes vitesses, hologramme sur le vinyle… Si ces expérimentations peuvent se faire au détriment de la pure qualité audio de l’album, on ne peut que saluer ces expérimentations qui, disons le, on franchement de la gueule.

Enregistrez son propre vinyle pour 20$

Dans cette logique de faire du neuf avec du vieux, aller à Third Man Records a tout désormais d’une véritable expérience pour tout amateur de musique, et de redécouverte d’objet rétro. C’est ainsi qu’il est par exemple d’utiliser le record booth ! Le principe est ultra simple : tout comme pour un photomaton vous entrez dans la cabine, vous mettez vos pièce, et vous avez 150 secondes d’enregistrement. Une fois l’enregistrement réalisé, et bien vous repartez directement avec votre vinyle.

Neil Young a ainsi sorti un album entièrement réalisé dans cette cabine en 2014, et de nombreux artistes sont passés par le Record Booth. Désormais habitué de Danger Zone, Julien Bitoun à eu également l’occasion lors d’un périple d’enregistrer un titre à Nashville de cette manière. Si vous écoutez l’introduction de son album Chicken & Waffle, l’enregistrement est directement issu de la cabine !

Nos enregistrements préférés de TMR

Mais comme nous vous vous en doutez, Third Man Records est un label musical et donc il faut bien parler de musique à un moment. L’occasion donc de vous présenter quelques albums plus ou moins connus sorti sous la marque aux trois hommes. L’occasion pour nous de parler de ces quelques pépites à posséder dans votre discothèque personnelle.

1- The White Stripes – Icky Thump

Forcément, nous devions parler de ce qui est une des toutes premières releases du label, avec l’ultime album du duo mythique. En plus d’être un excellent album, de nombreux pressages tout aussi intéressants existent et sont une la démonstration du savoir faire de Third Man Records, que ce soit l’album « classique » ou encore les vault sortis avec le mixage mono de l’album, ou encore l’édition des 10 ans de l’album, possédant un contenu assez dense entre démos et B-side exclusives.

2- Music from The American Epic Sessions

Nous en parlions précédemment, difficile de ne pas mentionner de nouveau cette compilation incroyable, réunissant autant Alabama Shakes, Elton John, Jack White, Beck ou encore Nas et Pokey Lafarge. Un triple vinyle incontournable à posséder obligatoirement.

3- The Ghost Who Walks de Karen Elson

Enregistré à l’époque où Karen Elson et Jack White étaient mariés, The Ghost Who Walks fait partie de ces petites perles musicales qui ont été trop vite oubliées, pourtant sublimement enregistrés, avec de très belles compositions et enregistrement, vous transportant immédiatement dans son ambiance fantomatique qui vous rappellera sans aucun doute les sonorités de Jack White de l’époque.

4- Bathtub Love Killings Profile de Olivia Jean

On continue avec les albums de femmes, et celles de Jack White notamment (oui le monsieur n’est jamais bien loin). La chanteuse du groupe des Black Belles (un autre groupe de l’écurie Third Man Records) est arrivée en 2014 avec son album solo. Toutes les influences alternatives sont poussées à fond, avec encore une fois de sublimes sonorités. Pour l’anecdote, Olivia Jean est une des musiciennes de studio de Third Man records, que l’on retrouve notamment sur l’album de Karen Elson, et a également été sur certains album de Jack White ou encore de Wanda Jackson.

5- Midwest Farmer’s Daughter de Margot Price

Pour boucler cette petite liste de recommandations, on ne pouvait pas partir sans mentionner le premier album de Margot Price, qui est à nos yeux le meilleur album de country de ces dernières années. Un album entièrement enregistré en analogique dans les studios de Sun records, donnant un son incroyable. Un véritable incontournable.

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Critique sur Platine : Beyond The Black de Beyond The Black

Il y a de ces moments où l’on fait de belles découvertes musicale au hasard des concerts. C’est ainsi qu’un soir de concert parisien, nous avons eu la chance de découvrir en première partie d’Amaranthe les allemands de Beyond the Black. Et autant vous dire que du metal symphonique de cette qualité là, on en veut tous les jours.

Aujourd’hui nous allons donc vous parler tout d’abord de leur cinquième et nouvel album, nommé simplement Beyond The Black.

Conditions d’écoutes : à l’occasion de cette chronique, nous avons effectué entre 4 et 5 écoutes de l’album. Une première fois dans un contexte d’écoute typique, avec un casque depuis notre téléphone. Les écoutes suivantes ont elle été réalisée sur des enceintes de monitoring. Ces deux écoutes ont été réalisées depuis une version digitale qui nous a été fournie directement par Nuclear Blast.

Une démonstration mélodique

Lorsqu’un groupe décide de sortir un album éponyme, c’est qu’il y a derrière la volonté de réaliser une sorte de carte de visite de tout ce qui représente le groupe. Et on peut dire qu’ici, Beyond The Black confirme cette position. Dès les premières notes de Is There Anybody Out There?, la formation allemande nous tend auditivement sa carte de visite : un metal composé de riffs acerbes, de mélodies fortes, et de notes de metal symphonique, par l’utilisation de samples orchestraux et de la voix de Jennifer Haben.

L’idée de cet album est de proposer une variété musicale, rythmique et mélodique, afin de ne jamais tomber dans la caricature du style. On va ainsi naviguer entre des morceaux centrés autour de riffs comme de mélodies, avec des séquences acoustique. L’occasion de proposer une approche davantage axée autour du folk-metal plutôt que du metal symphonique par instants. Un morceau comme Reincarnation est un des plus beaux exemple en la matière et un véritable tube, proposant une véritable synthèse de la musique du groupe. Le contrechamp masculin présent lors des refrains ajoute d’ailleurs une touche d’originalité supplémentaire plutôt plaisante.

Un des aspects marquant dans les compositions du groupe, et d’autant plus dans cet album, c’est la notion de storytelling. Chaque morceau fonctionne comme un tableau, une invitation au voyage. Not In Your Name, avec son introduction, en est la parfaite démonstration. Chaque morceau où presque ayant également son solo de guitare, Chris Hermsdörfer a confirmé nos impressions lors de leur concert, démontrant une vraie belle variété dans son phrasé, réussissant à rester à tout moment dans l’émotion et l’énergie du titre.

Une production propre et moderne

Beyond the Black (l’album) se veut comme une représentant actuel du genre, et cela passe par la production. On retrouve bien entendu la voix au premier plan, suivi de la batterie et des guitares. La basse, même si elle est présente, pourra par moment sembler en retrait, notamment lors des séquences où le spectre sonore est le plus chargé.

Là où le bat pourrait blesser, c’est dans l’utilisation des effets, ainsi que des banques de sons orchestraux. Très clairement, lors de ces séquences, nous avons l’impression de nous retrouver plongés dans les années 90-2000, avec une approche au final très similaires à ce que proposait (et propose encore aujourd’hui) des groupes comme Epica ou Nightwish. C’est un peu dommage pour le coup car à rester trop ancré dans les clichés du style, le groupe pourrait sembler n’être qu’un groupe de metal symphonique de plus dans la masse des formations se produisant aujourd’hui. Un bon exemple serait Winter is Coming, qui pousse le curseur presque jusqu’au kitsch avec ses cordes en arrière plan et le sample de cloche d’église.

C’est d’autant plus dommage qu’à notre avis, le groupe à tout pour devenir une véritable référence, non pas du genre, mais de la scène metal en global ! Leur prestation scénique étant très énergique, avec beaucoup de communication avec le public, et avec d’ores et déjà des envies de mise en scène.

Mais alors, on en pense quoi ?

Au final, Beyond the black de… Beyond The Black est un bon album de metal symphonique / folk-metal. Une de ses grandes forces étant de proposer 10 titres sans remplissages et sans passage à vide. Une véritable synthèse très efficaces avec des morceaux complètement taillés pour la scène.

La sensation finale que nous avons est une véritable invitation au voyage de façon épique, avec à chaque morceau, un riff, un refrain, qui restera au final en tête. Des solos de guitare également très plaisant, et une production actuelle et léchée, même si elle reste dans les carcans attendus et presque kitsch du genre. Les adeptes du genre ne seront pour le coup pas dépaysés.

Quant à nous, le dernier que nous pourrions vous donner, en plus d’aller écouter l’album, c’est d’aller les voir sur scène. Vous y passerez un excellent moment, rempli de moments épiques le tout dans une bonne humeur communicative du groupe.

Nos morceaux préférés

  • Reincarnation
  • Dancing In The Dark
  • Not In Our Name

Beyond The Black – Beyond The Black

  • Jennifer Haben : Chant
  • Stefan Herkenhoff: Basse
  • Chris Hermsdörfer : Guitare solo, chœurs
  • Tobi Lodes : Guitare rythmique, chœurs
  • Kai Tschierschky: Batterie
  • Label : Nuclear Blast

Notre note :

Note : 3 sur 5.

Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma

Cannes 2020, Gérardmer 2021, 5 (en vrai 4) ans après le touchant Willy 1er, les frères Boukherma sont de retour dans nos salles faiblement éclairées. Un film faisant suite au très sympathique court métrage La Naissance d’un Monstre (Clermont Film Fest de 2018).

Teddy en deux mots (ou presque)

Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois.Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Teddy, on l’aime bien quand même ce p’tit gars

Il n’est jamais simple de s’approprier un mythe tel que celui du Loup-garou. On ne compte plus les itérations dans toutes les formes de l’art possible et imaginable. Les frères Boukherma ont décidé ici de placer tout d’abord leur récit de nouveau dans un milieu rural, celui du sud-ouest de la France.

C’est d’ailleurs une des grandes forces de leur cinéma, cette capacité à parler avec tendresse et sensibilité de ce petit village, de ses habitants, qu’ils soient en quête de quitter cette vi(e)(lle), de ceux qui cherchent à vivre paisiblement, comme ceux qui cherchent à tromper l’ennui.

C’est dans ce contexte que Teddy, reclus de cette micro-société, grandit tout en se transformant petit à petit en loup-garou. Dès le premier plan du film où on le voit, la véritable séparation entre tout le monde et lui est effectué. Il y a d’un côté le troupeau d’habitants du village, et de l’autre, Teddy, seul, isolé, à la fois dans sa bulle et en même temps dans cet espoir d’ouverture et peut-être un jour, être accepté.

Teddy, c’est également l’expression même de la dualité humaine. Le côté bon et le mauvais, qui, plus avance le film, plus cette dualité est exacerbée. Le gentil Teddy est celui qui est amoureux fou de sa copine, qui aide son oncle et sa tante, qui tente de s’intégrer à une soirée avec des bacheliers BCBG en espérant avoir des amis de son age.

Et il y a le Teddy qui devient petit à petit un loup-garou qui va céder a ses pulsions les plus animales pour se venger du monde. De la personne qui l’a harcelé, qui l’a trompé, menti.

Stephen King et les contes de la cryptes ne sont pas loin…

Ce qui est vraiment plaisant dans Teddy, c’est cette volonté de ne jamais être dans un démonstratif du monstre mais plutôt de raconter cette transformation. Une transformation longue, dure mentalement. Si on ressent une dimension Dr Jekyll et Mr Hyde dans cette dualité du personnage, c’est du côté de Stephen King que Les frères Boukherma s’inspirent également, avec un déroulé scénaristique prenant des relents d’un Carrie par exemple.

Et cette volonté de se poser, d’avoir une ambiance qui devient de plus en plus pesante jusqu’à exploser, c’est, en plus d’être le meilleur choix de progression possible pour le film, la possibilité de pouvoir également poser au mieux sa caméra, de pouvoir se concentrer sur le quotidien du personnage, de l’environnement et des personnes qui l’entoure, et de pouvoir également expliquer cette transformation.

Ce n’est jamais renversant de mise en scène ou de montage, mais c’est maîtrisé de bout en bout pour notre plus grand plaisir. Le film joue de plus avec toute une dimension de body horror qui fonctionne plutôt bien !


Au final, Teddy est une belle petite réussite, lorgnant à la fois sur un cinéma d’horreur mais aussi un cinéma de comédie, jouant avec brio sur les deux genres. On retrouve comme précédemment dans l’oeuvre du duo un vrai regard sensible sur la ruralité, qui fonctionne ici tout autant. Une nouvelle belle réussite pour le cinéma de genre français !

affiche teddy

Teddy

  • Réalisateur : Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma
  • Scénariste : Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma
  • Avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Noémie Lvovsky…
  • Musique : Amaury Chabauty
  • Direction artistique : Linda Yi
  • Costumes : Clara René
  • Photographie : Augustin Barbaroux
  • Durée : 88 minutes
  • Production : Baxter Films, Les film Velvet
  • Distribution : The Jokers

Notre note :

Note : 3.5 sur 5.

D’où l’on vient (In the Heights) de John M. Chu

Cela fait un peu plus d’un mois que les salles de cinémas ont rouvert en France, et votre humble serviteur a bouffé de la péloche. Revoir des films marquant de 2020, découvrir de nombreuses nouveautés.

Mais avec l’été qui arrive, c’est l’artillerie lourde qui arrive là. Nous sommes donc parti dans une période où les films vont se bousculer, de nombreux vont être laissés pour compte et oubliés. Rien que pour cette semaine, nous n’avons pas moins d’une 20ne de sorties dont environ 11 sorties de films conséquentes. Et les semaines suivantes ne vont pas être mieux pour le coup.

Mais du coup, nous avons du faire des choix également de notre côté. Non pas sur les films à voir, puisque globalement nous mangeons tout ce qui sort en salle ou presque, mais davantage autour des thématiques, et du regard que nous pouvons apporter. Tout simplement : que pouvons-nous dire autour du film ? Car nous aurions pu vous parler de l’excellent Mandibules de Quentin Dupieux, mais en dehors de dire que le film est réussi, superbement écrit, interprété, et un des films de Dupieux les plus accessible (soit ce que dit absolument tout le monde), et bien nous n’avons pas de regard ni neuf ni intéressant autour de celui-ci.

Tout cela pour vous dire qu’aujourd’hui, nous allons parler de D’où l’on vient (In The Heights), nouveau film de John M. Chu, une adaptation cinématographique de la comédie musicale du même nom signé Lin Manuel Miranda.

Sommaire

  1. Lin Manuel Miranda, le nouveau génie de Broadway
  2. Washington Heights, cœur du film
  3. Un film à la plastique folle
  4. Comment parler de représentativité, de reconnaissance d’une communauté
  5. Les chansons
  6. Des différence avec le musical au service de l’adaptation
  7. Une ode à la vie

D’où l’on vient (In The Heights) en deux mots (ou presque)

Au cœur de New York, le quartier de Washington Heights est celui de tous les possibles. Usnavi, propriétaire d’un petit café dans le quartier, rêve de renouer avec ses origines, en République Dominicaine. Mais tout se complique quand il croise le regard de Vanessa, une jeune femme qui rêve de devenir styliste. Leur rencontre, sur fond de danse et de musique, va chambouler leur vie de manière inattendue.

Lin Manuel Miranda, le nouveau génie de Broadway

Avant de s’attarder autour du film, il est important de parler du véritable auteur de l’histoire, des chansons, de la comédie musicale originale, Lin Manuel Miranda. Si il y a bien un auteur dans le milieu de la comédie musicale à retenir de ces dernières années, c’est bien lui.

In The Heights est par ailleurs sa première comédie musicale, qu’il a écrit durant ses années d’études. Bien entendu, si vous le connaissez, c’est principalement pour deux choses : Hamilton, et Vaïana. Le premier qui a été le plus gros choc à broadway depuis plusieurs décennie. Une comédie musicale reprenant l’histoire des pères fondateurs sous le spectre d’un cast entièrement issu des minorités aux USA, et avec un langage et un univers musical reprenant le rap, la soul, le RnB… Une captation est d’ailleurs disponible sur Disney+ et on ne peut que vous inviter à foncer la voir.

Suite à In The Heights et Hamilton, Hollywood commence à voir entre Lin Manuel Miranda LE nouveau grand nom de broadway à embaucher à tout prix, et c’est ainsi qu’il se retrouve chargé des chansons de Vaïana. L’adaptation filmique de In The Heights n’est donc pas la première apparition de l’auteur dans le monde d’Hollywood, et ne sera pas la dernière. Outre son premier film en tant que réalisateur, Tick Tick Boom (Un film qui arrivera directement en SVOD chez Netflix), il continue de travailler pour Disney et sera notamment à l’écriture avec 2 autre mains des chansons du film La Petite Sirène, mais aussi un des prochains disney animation studio, Encanto.

Lin Manuel Miranda a ainsi réussi en a peine 20 ans a se hisser comme la personne incontournable dans son domaine et surtout a permis par sa volonté de représentativité dans le monde trop blanc de broadway, de lancer une véritable révolution dans l’industrie. C’est dans ce contexte qu’il est intéressant ainsi de parler maintenant de l’adaptation de In The Heights et de voir ce qu’elle peut nous raconter du monde d’aujourd’hui.

Washington Heights, cœur du film

Si il y a bien un aspect du film à mettre en avant, c’est la place du quartier dans le film. Si on dit souvent que telle ville ou tel environnement est un personnage à part entière dans tel récit, cela n’a jamais été aussi vrai que dans In The Heights avec son quartier. Que ce soit les personnages, la musique, la réalisation, tout vit ici par rapport au quartier. Miranda a notamment fait ce choix de musiques et de styles de musique dans sa composition par soucis justement d’avoir une véritable représentativité du quartier.

Salsa, Rap, Reggaeton… C’est d’ailleurs un des points les plus rafraîchissants par rapport à de nombreuses comédies musicales, la variété musicale. C’est quelque chose que l’on retrouve dans l’ensemble de l’œuvre de l’auteur par ailleurs, et si, bien entendu, pour conserver cette emprise du style film (c’est à dire une comédie musicale), on retrouve des voix typiques du genre (notamment féminines), le film ne tombe jamais pendant sa durée dans un numéro de broadway classique. Et cette cohérence entre le lieu filmé et sa musique donne une dimension organique à In The Heights vraiment passionnante.

Un film à la plastique folle

Le second aspect qui marque également le film, c’est cette cohérence totale entre réalisation, montage image, montage son, musique et chorégraphie à l’écran. Si nous avons l’habitude de voir des films user de montages synchronisés à la musique, de chorégraphie chiadée dans le domaine de la comédie musicale, il y a encore tout cet ensemble qui forme un tout ultra cohérent et plaisant visuellement.

Le travail autour des décors est tout simplement fou, avec la volonté de rendre le quartier le plus vivant possible, mais en même temps avec cette gentrification qui menace aussi la vie du quartier et donc des commerces fermant, d’autres se faisant racheter.

Et les chorégraphies !

A titre personnel, je n’ai jamais été un férus de grandes chorégraphies, que ce soit dans la comédie musicale, ou tout simplement même de danse, car c’est un art qui me touche moins, mais dans In the Heights, c’est bien cette rythmique de la chorégraphique, fonctionnant à la note près par rapport à la musique, à la réutilisation de danses « classiques » liées aux styles de musiques, qui encore une fois, permet un tout cohérent. sur certaines chansons de plus, comme 96.000 nous nous retrouvons face à une chorégraphique dans l’eau dont certains plans seront des références à des numéros classiques des comédies musicales au cinéma des années 50, mais il y a également ce référentiel du style musical et donc des clips, notamment via certains plans, certaines tenues, qui ajoutent au final encore une fois une cohérence assez folle. De plus l’ensemble des chorégraphies ont été conçues dans un but de représenter l’ensemble des styles traditionnels des différentes îles caribéenne, mais aussi des styles plus moderne que l’on peut voir a New-York, qu’elles soient des évolutions tel que la salsa New-York style, ou d’autres styles contemporains tel que le breakdance.

Ce qui est pour le coup un peu moins habituel, c’est tout ce jeu qui vient briser le 4e mur. Le scratch fait par une bouche d’égout, les regards caméras, tout ceci rentre très logiquement dans le procédé de narration du film qui est le fait qu’une histoire est contée. Cette idée d’ailleurs de changer le prisme de narration par rapport à la comédie musicale originale est d’ailleurs plutôt bonne car permet de se lancer dans des changements majeurs scénaristique sans que cela puisse choquer. Nous sommes ici sur une réelle adaptation cinématographique, qui prend note et se place véritablement dans ce médium-ci.

Comment parler de représentativité, de reconnaissance d’une communauté

In the Heights est un film aux thématiques multiples mais également représentatives du quartier et de sa communauté. Gentrification de la ville de New York, reconnaissances des immigrés au sein de la société, racisme ordinaire aux États-Unis.

Mais une des thématiques les plus importantes, véritable fil rouge, c’est celui d’appartenance. Washington Heights est un quartier « latin » de New York, où se côtoient dominicains, portoricains ou encore cubain et jamaïcain. Qu’ils soient immigrés états-uniens de la 1ere ou de la 5e génération, ils partagent tous une histoire commune, et s’ils ont des origines différentes, ils partagent cette histoire commune qu’ils créent au quotidien a Washington Heights.

Le rêve du personnage principal Usnavi est d’ailleurs de rentrer en République Dominicaine pour retourner sur ses terres d’origines et suivre les traces de son père, tandis que Nina rentre justement au quartier, de part nostalgie et mal du pays. Et encore une fois on peut voir que dans ce récit choral que c’est encore une fois le quartier de Washington Heights qui se retrouve au centre des histoires de chaque personnage.

Si In The Heights arrive de plus a raconter si bien cette histoire c’est car elle est écrite avec un véritable vécu dans le quartier, et un soucis notamment au niveau du cast uniquement composés de personnes issue de communauté latino-américaine. C’est d’ailleurs une des dimensions importante de l’œuvre de Lin Manuel Miranda jusqu’à présent, que ce soit avec In The Heights et Hamilton, de mettre sur le devant de la scène des acteurs, comédiens, talents issues de minorités. Cependant, concernant le film mais aussi la comédie musicale originale, des critiques ont été formées autour d’un manque de représentativité totale de part une absence remarquée d’afro-latino.

Les chansons

Comment ne pas parler d’une comédie musicale sans parler de ses chansons. Il faudrait quasiment un article entier pour véritablement discuter et analyser sérieusement la richesse musicale folle de In The Heights (et on le fera peut être). Mais rien que le numéro d’ouverture donne toute l’identité de l’entièreté du film. L’ensemble des styles musicaux sont représentés, on retrouve en contre chant les mélodies des chansons qui seront chantées en solo les différents personnages, et toutes les séquences présentant les personnages se finis sur une chorégraphie grandiose appuyant ainsi le message de « chaque personnage pour représenter le quartier ».

Bien entendu, le liant de la quasi totalité de la comédie musicale, ce sont les claves qui donnent ce rythme spécifique dit 3-2 (pour 3 coups donné sur la première mesure, et 2 sur la seconde), caractéristique commune de toute musique latine depuis toujours. Cette rythmique, c’est le battement de cœur du quartier, c’est sur ce rythme que tous respirent, que tous dansent.

Des différences avec le musical au service de l’adaptation

Nous avons eu l’occasion de discuter un peu avec @KimmshyLee (sur twitter), une amatrice de comédie musicale, autour des différences entre les deux versions coexistant désormais. En plus des chansons qui ont été supprimées, changée pour la plupart en dialogue entre personnages, c’est aussi toute une partie de l’histoire qui a été réadaptée, avec des dialogues changées, des personnages -tel que la mère de Nina, Camila- qui ont disparu, des rapports entre les personnages ont également changés.

Un des plus gros changement, c’est la temporalité. Si la comédie musicale se déroule en trois journées, ici, tout se déroule sur un été entier, permettant ainsi de pouvoir poser les évènements, et ajouter une notion d’évolution. Ce genre de changements sont pour le coup assez cohérent car sont liés au médium du cinéma. Cela semble plus facilement crédible sur scène d’avoir un condensé en une temporalité spécifique, alors que devant un long métrage, cette évolution est plus logique et plus facilement racontable sur la longueur.

comme le dit @KimmshyLee lors de notre échange, ces changements sont intéressant pour donner une autre dimension à l’œuvre. Notamment le personne de Sonny qui devient ici un immigré sans papier et ainsi privés de certains droits lui paraissant essentiel comme pouvoir étudier ou simplement passer le permis. Ceci permet également de faire évoluer les rapports entre ce personnage et d’autre, comme Nina qui y trouve ici sa motivation de continuer ses études.

Une ode à la vie

In The Heights, c’est au final la comédie musicale et même le film hollywoodien que nous attendions, celui qui célèbre la vie, le partage. Quelque chose qui nous manque véritablement depuis le début de cette crise sanitaire et qui nous invite justement à danser, chanter, que ce soit entre amis ou avec d’autres dans la salle.

Et nous n’avons pas cité Quiara Alegría Hudes qui en plus d’avoir écrit le carnet de la comédie musicale originale, a été également au scénario et s’est occupée de l’adaptation filmique, et a permis un travail incroyable. Le cast également, quasiment tous issu de plus de Broadway plutôt que d’hollywood, et toute l’équipe qui ont permis de créer cette œuvre dont nous n’avons qu’une envie en sortie de salle : retourner le voir, assister à un musical à Broadway ou a West End, et écouter en boucle les chansons.

D’où l’on vient (In the Heights)

  • Réalisateur : John M. chu
  • Scénariste : Quiara Alegria Hudes
  • Avec Anthony Ramos, Vanessa Hughes, Ariana Greenblatt…
  • Musique : Alex Lacamoire, Lin-Manuel Miranda et Bill Sherman
  • Chorégraphie : Chris Scott
  • Direction artistique : Brian Goodwin
  • Costumes : Mitchell Travers
  • Photographie : Alice Brooks
  • Montage : Myron I. Kerstein
  • Durée : 143 minutes
  • Production : Warner Bros., 5000 Broadway, Barrio Grrrl!, Likely Story et Scott Sanders Productions
  • Distribution : Warner Bros.

Notre note :

Note : 5 sur 5.

Critique sur platine : The Battle at Garden’s Gate de Greta Van Fleet

Greta Van Fleet a réussi en seulement quelques années à se hisser au rang de groupe quasi-incontournable de la scène rock (et on en avait besoin aujourd’hui). Après un premier EP incroyable, et un premier album intéressant mais demandant de clairement s’y plonger pour y découvrir de superbes qualités musicales, le groupe américain est de retour avec le plutôt attendu Battle at Garden’s Gate.

L’idée avec ce second album : enfoncer encore plus le clou du premier, et montrer vraiment l’identité propre du groupe, afin que l’on arrête une bonne fois pour toute de les comparer à Led Zeppelin. Le premier album avait pour nous déjà réussi ce travail en proposant par touches un véritable univers musical personnel.

Et tout comme Anthem of the Peaceful Army, Battle at Garden’s Gate vous demandera plusieurs écoutes. Tout d’abord car plus d’une heure d’écoute aussi dense et variée est difficilement digeste la première fois. Attention, l’ensemble reste toutefois ultra cohérent, mais nous avons clairement des choses a dire !

Conditions d’écoutes : à l’occasion de cette chronique, nous avons effectué entre 4 et 5 écoute de l’album. Une première fois dans un contexte d’écoute typique, avec un casque sur une plateforme de streaming depuis notre téléphone. Les écoutes suivantes ont elle été réalisée sur des enceintes de monitoring a partir d’une version digitale non compressée.

Déroulé de l’album

L’album débute avec Heat Above, qui dès la toute première note, donne le ton de cet album. Un premier accord d’orgue dans une cabine leslie, on est loin du gros riff qui tache. La guitare arrive pourtant assez rapidement, pour nous lâcher avec un joli grain la suite d’accords, avant de s’acoustifier lors du couplet. Pour le reste, le morceau est assez classique, malgré un pont mélodique bien trouvé. Ce premier morceau est tout de même une belle note d’intention de l’album : on n’hésite pas à ajouter des couches, des sonorités complémentaires, le tout pour produire un morceau qui, sans être foudroyant est plaisant.

My Way, Soon suit et ressemble davantage à un « classique » du répertoire du groupe. Un petit riff de guitare, le quatuor dans sa simplicité, et un morceau qui n’as pas besoin de plus pour être efficace ! L’album montre davantage son ambition avec (déjà très remarqué et salué) Broken Bells. Et pour nous, et nous n’allons pas aller par quatre chemin, ce n’est pas un titre qui nous a marqué plus que cela !

Le morceau se veut au très classique, une ballade très bien exécutée et arrangée, mais qui n’est clairement pas renversante. Il y a même au final beaucoup plus marquant dans ce même album !

Après le fuzzy/midtempo Built By Nations, un de nos coups coeur retenti, avec sa guitare réverbérée. Age of Machine est pour nous clairement un superbe morceau, que ce soit dans sa construction, son arrangement, ou l’interprétation. On retrouve cette mélodie du chant qui est suivi par une piste de guitare, un véritable groove qui nous fait rentrer dans le morceau et bouger la tête.

C’est aussi l’occasion pour John Kiszka de pouvoir s’amuser sur des plages d’ambiance d’utiliser ses cordes vocales comme une véritable couche instrumentale supplémentaire avec ses vocalises. La partition musicale est d’ailleurs une des plus complexes de l’album, et est parfaitement exécutée. Et lorsque le refrain arrive, on se retrouve avec un chant qui pourrait sans trop de soucis être chanté à tue-tête en concert, et répété en boucle et en boucle. Ah et oui, le morceau sonne très clairement Zeppelin mais pour le coup, c’est très clairement ce que l’on cherche vu comment ils sont capable de le faire et d’ajouter leur touche en plus.

« Feeling
Oh god, the feeling
We need some healing
We need some healing
God knows if you feel defeated
You have been cheated
You have retreated
 » – Age of Machine

On retrouve juste après une nouvelle ballade avec Tears of Rain. Une jolie partition de guitare acoustique, une mélodie vocale qui se met à nu ici. le pré-chorus montre une montée assez classique mais très efficace. Un morceau de milieu d’album. Stardusts Chorus est quand à lui un morceau plutôt appréciable car détonne en terme de rythmique et de mélodie par rapport à l’ensemble de l’album. Une petite bouffée d’air avec un riff assez enlevé et dansant vraiment appréciable.

Après l’oubliable Light My Love, On retrouve un certain Caravel. Un riff qui prend l’espace, jouant avec intelligence sur les silences, suivi d’un second pour le refrain. Un morceau plutôt efficace, mais peu marquant malheureusement. Il y avait là un potentiel assez énorme du morceau. S’ensuit de The Barbarians, rythmé par une introduction à la Wah (un effet de guitare, notamment rendu populaire par Jimi Hendrix).

Pour le reste, on retrouve une nouvelle fois une progression similaire à la moitié de l’album : le riff, la suite d’accord qui accompagne le chant, un pont musical, un refrain… Très clairement, c’est que l’on peut reprocher principalement à cet album, son manque de variété dans la construction de ses morceaux. Là où dans Anthem… on alternait des morceaux basés sur des gros riff et des morceaux avec des progressions d’accords plus complètes et mises en avant, ici, l’album se divise au final en 2 grands style de progression de morceau qui sont alternativement mis en place.

L’album se conclue par le diptyque Trip the Light Fantastic et The Weight of Dreams. Le premier propose un morceau en somme toute assez classique dans leur répertoire, avec une conclusion où on se retrouve noyé dans les réverbérations, le second est un plus gros morceau. Quasiment 9 minutes au compteur pour la conclusion de The Battle at Garden’s Gate, un morceau bien entendu dans une progression de mouvement à un autre, sans avoir au finale de véritable fin. Certaines transitions fonctionnent bien, d’autre sont un peu brutales. C’est toujours un pari très risqué de se lancer et proposer un morceau d’une telle longueur, et si le résultat et prometteur, il n’est pas totalement atteint. Reste tout de même ce solo de guitare tout de même très bien exécuté et sympathique. Mais, cette conclusion, à la guitare acoustique, fait tomber l’ensemble du soufflet monté par l’intensité du morceau.

Notre avis concernant la production

Nouveauté chez Danger Zone, nos chroniques vont accorder tout un volet autour de la production. L’album de Greta Van Fleet est d’ailleurs un excellent stress test de cette section ! A la production, on retrouve Greg Kurstin, un producteur principalement reconnu pour son travail avec Lily Allen, Sia, Adele ou encore P!nk. Pas très rock me direz vous. Concernant le genre musical qui nous intéresse, il est derrière la production du côté des Foo Fighters pour Concrete & Gold et Medecine at Midnight, ou encore Paul McCartney pour son album Egypt Station.

Un gros palmarès donc, mais que l’on soit clair, si nous devions donner la production d’un album de rock à quelqu’un ce ne serait pas lui ! Medecine at Midnight est pour nous un des albums les moins bien produit de l’année, et notre avis ne va pas être positif non plus pour le second album de Greta Van Fleet.

Pour l’occasion, nous sommes retournés également sur les précédents effort musicaux du groupe pour comparer les productions, leurs points forts et points faibles. A savoir que le premier EP comme le premier album ont été produit par le même trio. Une production assez vintage, très dynamique mettant parfaitement en valeur les riffs de guitares, les lignes vocales, mais aussi une grosse présence pour les fréquences basses des futs et de la basse.

Que dire du coup de ce The Battle at Garden’s Gate ? Il y a vraiment une différence de production assez flagrante déjà par le mixage effectué autour des instruments. La batterie sonne beaucoup moins organique et on peut voir que les pistes « triggerered » sont un peu plus en avant, notamment au niveau de la grosse caisse. C’est pour le coup dommage dans ce genre d’album de rock voulant sonner vintage/ rock 70’s, d’autant plus que lors des précédents albums, elle sonnait à la perfection.

Oui, c’est Antoine, l’auteur de ces lignes qui, va vous donner ici une petite explication autour de la production actuelle de la batterie. Si historiquement nous avons toujours enregistré une batterie avec un ou plusieurs micros, depuis quelques décennies et la normalisation de la digitalisation de la production, il est possible en plus d’un enregistrement classique d’ajouter sur les parties à « peau » de la batterie des capteurs permettant, suite à l’enregistrement, d’ajouter un second son numérique ou samplé. C’est ce qu’on appelle triggered (issu du nom du capteur que l’on nomme un trigger), et permet de garder tout de même la performance de l’instrumentiste, tout en ayant un son complémentaire.

Et pour le coup, et c’est ce qui est le plus décevant dans cette production, c’est l’effacement quasi total de la basse par rapport à la batterie. En cause très certainement une évolution du son de Sam Kiszka ou le mixage de la batterie qui pour le côté percussif encore plus mis en avant, au point d’effacer certaines fréquences de la basse. C’est d’ailleurs dommage car les lignes de basses de Sam sont part entières du son et de la composition du groupe.

Passons maintenant à la guitare, omniprésente avec la voix, à la fois comme accompagnant qu’à égalité. Si elle est lors des introductions à la même intensité qu’une ligne de clavier, elle s’envole lors des solos. Pour le coup, pas d’évolution notable dans le matériel. On reste sur sa SG des années 60 dans du marshall à fond. Concernant la voix, on peut sentir un mixage un poil différent, avec un changement au niveau des EQ et de la compression, qui la fait un peu moins percer dans le mixage. C’est un choix qui est intéressant pour certains morceau, mais encore une fois, et c’est ce qui manque cruellement à cette production, c’est de la variété. On aurait aimé avoir certains moments, notamment sur les morceaux envoyant le plus le bois que la production se lâche un peu au lieu de se contenter de créer son cube à la limite du surproduit.

Et en cause de ceci, la noyade dans la réverbération de l’album. C’est simple, en dehors de la basse, il n’y a pas un instrument, une piste qui ne se retrouve pas sans une réverb. Cela peut très bien sonner par moment, mais dans d’autre, cela conduit à une bouillie sonore. On aurait pour le coup vraiment gagné à avoir une production plus légère sur The Barbarians par exemple. Et nous ne parlons pas de Broken Bells et Tears of Rain où là, c’est carrément les cordes que Kurstin à invoqué pour appuyer encore plus le côté ballade dans le plus mauvais sens du terme. Cela en est même caricatural sur certaines pistes de batterie, que l’on dirait tout droit sorties d’un album de Phil Collins.

C’était d’ailleurs ce minimalisme dans Anthem… qui avait fait sa force sur les ballades proposées dans ce premier effort musical. Donc ici pour The Battle of Garden’s Gate, on se retrouve avec une production cohérente, qui se veut davantage moderne qu’auparavant, mais qui tombe par moment dans la surenchère, et au final une perte d’authenticité du son vintage, tout en cherchant à le conserver. Une sorte d’entre deux qui, tout en restant efficace (et bien plus qu’un Medecine at Midnight) manque de pêche et d’originalité.

Au final, on en pense quoi ?

Que penser de cet album au final et en le prenant comme un tout cohérent ? D’un côté, nous sommes véritablement dans la continuité de l’œuvre du groupe, avec cette volonté de petit à petit créer un son et une patte Greta Van Fleet, mais l’ensemble manque cruellement de variété. On se retrouve donc pendant cette heure d’écoute à assez rapidement confondre tel ou tel morceau de part les sonorités similaires, la construction du morceau également. Et c’est dommage car on voit le niveau d’interprétation du groupe, et aussi la qualité de leur précédents efforts.

Mais c’est aussi un album qui n’est pas servi pas sa production qui, à vouloir une constance et cohérence à toute épreuve (notamment pour son écoute principale, c’est à dire un morceau par-ci/par-là sur les plateformes de streaming), manque véritablement d’une démarche artistique, et va dans des excès de réverbération et d’arrangements qui nuisent à l’album.

Néanmoins, ce serait hypocrite de notre part de cacher tout de même l’appréciation que nous avons eu pendant notre première écoute de l’album, par petites touches et petits instants, nous permettant de tout de même garder la confiance envers un groupe au potentiel énorme. Les gars sont de plus jeunes et ont toute leur carrière devant eux pour nous proposer de futurs albums davantage mémorable.


Nos titres préférés :

  • Age of Machine
  • Stardusts Chorus

The Battle at Garden’s Gate – Greta Van Fleet

  • Joshua Kiszka : Chant
  • Jacob Kiszka : Guitares
  • Samuel Kiszka : Basse, claviers
  • Daniel Wagner : Batteries
  • Production : Greg Kurstin

Notre note :

Note : 2.5 sur 5.

Danger Zone présente Relationships on the Radio

Après plusieurs années de gestation, nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie de Relationships on the Radio, notre premier EP musical. Un projet initié par des premiers enregistrement en 2016, qui ont enfin trouvé un sens et une signification lors de la concrétisation du projet en 2020.

L’histoire de Relationships on the Radio

En 2016, alors qu’une partie de Danger Zone tentait de relancer Rappel 50, groupe de pop-rock français du début des années 2010, de premiers textes sont arrivés, traitant déjà, de rupture amoureuse mais aussi de déclaration du même genre.

Pour la suite, il faut faire un bon dans le temps en 2018, où un travail d’arrangement, d’abord acoustique, a été réalisé autour du titre Love Will Tear Us Apart de Joy Division. A cette période, le projet débute sous le nom de The Doors of Eternity. Nous en avions d’ailleurs parlé par ici.

Après une première session d’arrangement et d’enregistrement de ce projet, l’ensemble est mis de côté, par un déménagement, changement de volonté artistique, et aussi notre travail d’accompagnement pour le groupe Praïm Faya qui remplissait à l’époque toute notre ambition musicale et artistique, en plus de notre emploi du temps.

C’est ainsi fin 2020 que nous arrivons, avec un nouveau lancement du projet, avec tout d’abord comme volonté de proposer l’EP comme une compilation de compositions et reprises entre 2016 et 2020. Ce n’est que quelques semaines plus tard que l’ensemble mue pour devenir aujourd’hui Relationships on the Radio.

Le concept de Relationships on the Radio

Relationships on the Radio est un EP de cinq titres fonctionnant tel un concept album. L’ensemble représente une tranche de vie d’un poste radio d’une voiture qui pendant 15 minutes, raconte l’histoire d’une séparation amoureuse, puis de la naissance d’un nouvel amour.

L’ensemble faisant ce tout cohérent où compositions originales et reprises s’enchaînent.

Pourquoi le choix de proposer des reprises me direz vous ? Et bien c’est assez simple, ces deux morceaux ont tout d’abord une résonance parfaite dans l’histoire contée, mais aussi personnelles bien entendu.

La chose qui a été également conservée du projet initial, c’est la sonorité de l’ensemble, voulu comme une rencontre entre la new wave de la fin des années 70 et une folk teintée de sonorités blues et soul. Nous avons souhaité rester assez minimaliste dans le nombre d’instruments présent dans chaque morceaux.

C’est un projet qui, de part la durée de sa production complète a été difficile à finaliser. Des compositions et premiers enregistrements datant de 2016, d’autre d’aujourd’hui… Un gros travail a été effectué de réarrangements de l’ensemble des morceaux, afin de créer une cohérence et surtout une plus grande simplicité d’approche et de musicalité, afin de trouver une intimité particulière dans l’album.

Où écouter et acheter Relationships on the Radio ?

Dès aujourd’hui, Relationships on the Radio est disponible en écoute libre et en vente sur Bandcamp. Pour l’instant, nous ne comptons pas proposer l’album hors de Bandcamp.

Si vous ne souhaitez écouter que l’album, cela ne vous coûtera bien entendu rien. Si vous souhaitez cependant obtenir l’album pour l’écouter partout et quand vous voulez, nous avons fixé un tarif unique à 5€. Vous pourrez également vous procurer si vous le souhaitez notre bande originale du court métrage The Unknown Bluesman pour 2€.

Nous vous proposons tout de même une offre spéciale réservées au 150 premiers acheteurs de Relationships on the Radio, qui obtiendront gratuitement cette bande originale.

Dans tout les cas, nous souhaitons vous remercier à tous par avance, pour l’accueil que vous ferez à ce premier projets qui n’est que le début pour Danger Zone et sa division production.