Gerardmer 2021 : Possessor de Brandon Cronenberg

Pour débuter les hostilités, on entame la compétition officielle avec ce qui constituait pour nous une des grosses attentes de ce festival, Possessor, le second film de Brandon Cronenberg. Sept ans après Antiviral, le jeune réalisateur canadien revient à la charge avec un film de science fiction ambitieux et radical.

Trigger warning : si vous êtes sujet à des crises d’épilepsie, nous vous déconseillons fortement de voir le film. Possessor est un film qui utilise de nombreux effets visuels et possède des séquences au montage épileptique.

Possessor en deux mots
(ou presque)

Tasya Vos est agente au sein d’une organisation secrète utilisant une technologie neurologique qui permet d’habiter le corps de n’importe quelle personne et la pousser à commettre des assassinats aux profits de clients très riches.

S’amuser avec la forme…

Parlons tout de suite d’une des très grandes forces du film, sa gueule visuelle. Brandon Cronenberg a énormément travaillé avec son directeur de la photographie Karim Hussain pour créer Possessor, littéralement. Le film est une œuvre d’orfèvrerie plastique. L’utilisation de multitudes de focales, de surimpression et surimpression de surimpression de l’image, pour créer ainsi des plans horriblement sublimes.

Une partie de ces sept années ont servies pour justement récupérer un bon nombre d’accessoire de tournage peu utilisés, les essayer, modifier, afin de pouvoir atteindre ce rendu. Ainsi, c’est quasiment l’ensemble du film qui est entièrement créé de façon pratique, donnant au film ce rendu viscéralement organique.

Cronenberg ose de plus lors certaines scènes et tente des approches et représentations qui sont pour le coup de belles réussites. Au niveau de son jeu de lumière mais aussi de l’étalonnage, un jeu qui se créé, pour être ensuite déformé puis totalement massacré. On y retrouve ainsi de façon assez simple, mais fait efficacement cette opposition du quotidien de Tas hors de son travail / lorsqu’elle se retrouve à habiter un corps. On passe ainsi du terne, de la morosité à l’abondance des couleurs.

Là où, dans la partie avancée du film, différents plot twist engrangent des conséquences et évolutions sur le plan visuel (on se rappellera clairement de cette scène de sexe se transformant quasi métaphoriquement/psychiquement en threesome), le réalisateur va emprunter des idées visuelles de son papa, pour mieux les déconstruire. Difficile ainsi de parler de véritable Body Horror à proprement parler mais davantage à un Brain horror, étant donné que toutes ces métamorphoses et transformations se retrouvent à l’intérieur du corps possédé. Cette invasion du corps de l’autre n’aura rarement été aussi brutale qu’ici.

Pour autant la violence, même l’ultra violence de Possessor elle, est aussi réelle, et fait bien mal. Ici on se retrouve assez rapidement dans un véritable sadisme, et on a l’impression de se retrouver en plein ciné bis vénère, avec à la fois une tension qui se créé qui est mixée par une belle viscéralité que l’on apprécie voir en tant qu’amateur du genre.

…mais oublier un véritable fond

Mais là où le bat blesse, c’est dans son scénario qui n’a au final que peu de véritable intérêt. Tout est lu/vu/compris à la première lecture. Là où Antiviral prenait au moins le temps de développer un univers et reprenait des thèmes du père Cronenberg, on se retrouve ici avec un univers façade où tous les éléments pouvant traiter de l’asservissement de la société par le travail, de la collecte de nos données, tout ces aspects sont au final expédié en une scène et pis c’est tout. Il faudra ainsi voir sur les futurs longs métrages du cinéaste pour voir si il y aura une évolution dans son cinéma ou si Cronenberg fils se concentrera sur quelque chose de plus régressif et purement visuel.

Et cela aurait pu nous convaincre totalement si derrière, le film n’était pas aussi prévisible dans son déroulé. A partir du moment où le dernier « plot twist » arrive aux 2/3 de sa durée, on arrive très rapidement à comprendre vers quoi tend la conclusion du long métrage. Et c’est dommage car le cast fonctionne a merveille, et on retrouve avec Andrea Riseborough une gueule, féminine, qui semble être aussi un véritable point d’honneur que met Brandon Cronenberg dans son cinéma.

L’avis de M. Mup : Possessor est doté d’un scénario malheureusement assez prévisible si vous avez eu le malheur de lire le résumé du film et le propos, s’il y en a un, parait totalement passé à la trappe. Le film est cependant rattrapé par sa réalisation qui donne lieu à de nombreuses scènes efficaces, aussi dérangeantes que fascinantes, et la performance très convaincante des deux acteurs principaux.

Possessor

  • Réalisateur et scénariste : Brandon Cronenberg
  • Avec Andrea Riseborough, Christopher Abott, Rossif Sutherland, Tuppence Middleton, Sean Bean, Jennifer Jason Leigh, etc
  • Musique : Jim Williams
  • Photographie : Karim Hussain
  • Montage : Matthew Hannam
  • Durée : 103 minutes
  • Production : Rhombus Media, Rook Films
  • Distribution : Lonesome Bear

Notre note :

Note : 3.5 sur 5.

Publié par AntoineRp

Blogger, musicien passionné bossant dans la com. Je bosse également pour Actugaming.net !

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