Danger Zone 2020 best album award : Spilligion de Spillage Village

Spilligion Spillage village

Il n’est pas rare d’avoir un coup de cœur musical. Comme vous avez déjà pu le lire lundi, nous en avons même des dizaines et des dizaines dans l’année, ce qui est tout à fait logique : on aime tel aspect de tel album, telle chanson de tel artiste. Rare sont cependant les albums qui sont capable de nous procurer à la fois admiration, inspiration et émotions en même temps. C’est la cas pour nous de Spilligion de Spillage Village. Avant de parler en détail de l’album, faisons un petit tour d’horizon du projet.

Un héritage musical

Spillage Village, c’est avant tout un collectif d’artistes issus de la scène musicale d’Atlanta et Baltimore. Deux villes ayant un point commun : une scène musicale marquée par la communauté afro-américaine. On peut ainsi facilement remonter au XIXe siècle et le développement du gospel, avec des compositeurs tel que Charles Albert Tindley, la scène jazz du quartier The Block de Baltimore, ou encore le développement de ce que l’on peut appeler Urban Contemporary Gospel à Atlanta.

Ce sont donc deux villes qui se sont développées sur des bases communes, avec chacune leur visions, permettant de nous faire parvenir à nos oreilles de nombreux artistes. En vrac : Cab Calloway, Rod Lee, Usher ou encore Outkast.

Si on vous parle de tout cela c’est car Spillage Village est donc en 2010 tout d’abord avec cette volonté de se regrouper tout d’abord pour collaborer ensemble sur les albums des uns et des autres, indépendamment de leur horizon musicale spécifique. Le nom d’ailleurs, est une référence au proverbe africain « It takes a village to raise a child » (il faut un village pour éduquer un enfant), qui peut être compris comme c’est dans un environnement d’ensemble, de communauté, que l’on peut grandir et faire grandir quoi que ce soit. On retrouve notamment dans le crew des artistes comme EarthGang, JID ou encore Mereba. Au final, le collectif publie trois compilations entre 2014 et 2016, Bears Like This, Bears Like This Too et Bears Like This Too Much.

Trois compilations sorties de façon totalement indépendante et autoproduites. C’est donc cette année, 4 ans après la dernière collaboration en date, que Spillage Village sort Spilligion, leur premier véritable album, avec le soutien notamment de la filiale Interscope d’Universal. Ces quatre années auront été précieuse car les membres du collectifs ont été productifs et ont permis d’acquérir une véritable réputation pour développer par la suite, ce projet peu commun.

Un album né sous l’impulsion… de la crise sanitaire !

Ce qui est impressionnant lorsque l’on écoute pour la première fois Spilligion, c’est cette image sonore, qui donne l’impression d’être véritablement dans le studio, à voir les différents membres chanter ensemble côte à côte, à se passer le micro. Et nous ne sommes au final pas loin de la réalité !

En effet, Spilligion à une genèse pour le coup tout aussi originale que cette année 2020. A l’origine, JID avait loué la maison/studio Spillage Village à Atlanta pour enregistrer son album, avec de prévu, des apparitions et featurings avec des personnes du collectif. Nous sommes alors au mois de Mars 2020, et vous savez ce qui arrive ensuite.

La maison est ainsi devenue le lieu « safe » d’isolement et pendant deux mois, tout le collectif va ainsi se confiner et construire cet album. Et en cela, Spilligion est un album on ne peut plus actuel. C’est d’ailleurs un peu la situation que tout musicien aurait rêvé : se retrouver collectivement coincé pendant plusieurs mois dans un studio, permettant de simplement travailler, concevoir, écrire et produire ce que l’on souhaite. Aucune pression de montre tournant et de deadline fixée pour boucler la session en studio, une liberation de contraintes ne pouvant que conclure sur une œuvre la plus pure possible.

Spilligion se veut ainsi comme un témoignage de 2020, du chaos de cette situation inédite et bien entendu, des problèmes politiques et raciaux que font encore aujourd’hui face les États-Unis.

Pourquoi Spilligion est notre album de l’année ?

Spilligion (pouvant une contraction de spill et de religion, ce qui peut se traduire par « répandre la religion et donc, prêcher la bonne parole », ou bien spillage (déversement) et religion, avec une signification un peu plus directe ici, faisant également référence au nom du groupe.), est un album incroyable de bout en bout. Traitant tout autant de spiritualité, de mouvement raciaux, de rassemblement, et d’espoir face à ce monde et la société actuelle.

Si nous allons parler plus en détail par la suite de l’album track by track, nous allons ici pouvoir parler de l’album comme d’un ensemble. Spilligion tout d’abord sonne bien, et extrêmement bien ! Rarement nous avons la chance de voir arriver à nos oreilles des productions aussi variées, allant autant du hip hop à des morceaux empruntant à la folk et au reggae. C’est un album également très mélodique, avec énormément de parties chantées en chœurs remontant directement au gospel et donc obligatoirement à la religion.

Spilligion fait partie de ces albums qui vous fait rentrer dans un mood, on lance la lecture, et on se retrouve véritablement autour du crew, à chanter de façon quasiment instinctive sur tout les refrains, comme si on se retrouvait dans une procession religieuse au final. On retrouve également pas mal d’emprunts à différents grand morceau de la musique soul comme le classique Hit the Road Jack de Ray Charles, et aussi plein de petites touches par-ci, par-là.

Le choix de la tracklist et cette alternance n’est clairement pas innocent. On parle d’alternance car un des pattern fréquent est de proposer un morceau aux textes critique ou pessimiste, contrebalancé immédiatement par un morceau donnant une solution. C’est quelque chose d’intéressant car, dans le discours de Spillage Village, ce qui en ressort est la note d’espoir de cet album. Il n’existe pas de problème sans solutions.

Le choix des titres n’est d’ailleurs pas anodin, et a pour volonté de faire référence à de nombreuses religion, allant de la mythologie greco-romaine au bouddhisme. La raison est simple, Spillage Village ne veut pas parler de religion dans une vision classique, mais de façon plus universelle en parlant de foi. Cela permet d’ailleurs de parler de croyants aveugle que nous pouvons avoir tel que le modèle sociétal dans lequel nous vivons aujourd’hui ou encore la consommation de masse.

Pour toutes ces raisons, et encore plus encore, Spilligion est notre album de l’année !

Analyse Track by Track

Spilligion ouvre avec l’introduction parlée Spill Vill, un dialogue entre différents protagonistes, permettant de lancer les discussions : Spilligion va parler bien entendu de religion. Cette thématique de la religion et de prêcher cette bonne parole va être utilisée comme métaphore filée dans de nombreux des textes de cet album notamment pour critiquer la politique américaine et parler de lutte.

S’en suit Baptize, premier véritable titre de l’album et un des singles de cet album. On se retrouve ainsi dans le tourbillon d’une production résolument actuelle en terme de rap, mais avec d’ores et déjà l’originalité autour de l’utilisation de samples. Un flow assez saccadé, laissant peu de doute lors du premier couplet autour de la thématique résolument politique de l’album.

Si ce premier couplet est résolument autour de la volonté d’égalité et de droits sociaux, le second couplet lui fait tout un jeu de comparaison entre la surconsommation actuelle et la culture du luxe prêchée (oui le terme va souvent revenir) telle une religion. L’écriture est, comme vous vous en doutez, un des points forts de l’album, avec un jeu de mots et de significations assez incroyable (« readin’ the book of Genesis Just before in the beginnin’ « ). Et au final, avec Baptize, Spillage Village veut nous questionner autour de toute cette société à laquelle nous acceptons de façon quasi aveugle. le refrain est d’ailleurs un peu la voix de cette société capitaliste et raciste disant : on vous baptise à ce fonctionnement, vous devez l’accepter et vivre avec.

Devons-nous accepter cette situation ? Devons-nous accepter la surconsommation et l’individualité ?

L’album continue avec PsalmSing. Et ici, on retrouve le second aspect de l’album, cette notion de bien-vivre, en collectivité, et dans la paix. Spillage Village, en plus de parler du climat actuel, se veut promouvoir un véritable message d’espoir, et d’appel à ce recentrer sur ce qui est important. Musicalement, ce morceau introduit les sonorités acoustiques de l’album, avec cette ligne de basse incroyable, suivi de l’arrivée des percussions et de la guitare acoustique. Très clairement, on se retrouve ici avec de très belles influences d’une ballade reggae, avec cette utilisation de nombreuses voix telle que l’on pourrait trouver dans le gospel. On retrouve également cette influence par l’utilisation de l’orgue notamment.

Le titre d’ailleurs n’est pas anodin. On se retrouve bien en effet ici avec un psaume chanté, avec ce refrain qui est notamment chanté en chœurs, et répété à maintes et maintes fois.

4e track, Ea’lah (family), est dans la continuité du titre précédent, toujours promouvant ce message de paix, mais tout en abordant également la crise sanitaire, remettant en question également la société, priorisant les plus riches aux plus démunis. Encore une fois, l’appel du morceau est assez clair : la priorité est à se recentrer dans ces moments à la famille.

Au niveau de la partie musicale, on retrouve ici un mix entre sonorité acoustiques telle que la guitare ou la basse, mixé avec des samples, guitares électriques et claviers. On se retrouve ici dans quelque chose nous transportant au dessus des nuages.

On retrouve par ailleurs un certain jeu entre les lyrics et la musique, avec notamment une arrivée d’un second motif suivant le mot « drum ». C’est un des éléments qui nous aide en terme de compréhension de la musique et qui démontre aussi de cette entente dans le groupe

Mecca arrive ensuite, avec son beat dansant, et cette incroyable de ligne basse avant l’arrivée du chœur. Difficile pic de pas faire un rapprochement avec ce que l’on peut retrouver chez Gorillaz par exemple. On retrouve au niveau des sonorités quelque chose que l’on retrouve de façon plus classique dans le hip hop, avec notamment cette drum soutenue, et son approche musicale minimaliste. On retrouve, formule assez classique de l’album, ce refrain typé gospel au début du morceau.

Là où par contre la construction du morceau change et renouvelle le propos musical de l’album, c’est de proposer une sorte de pré-couplet avec cette répétition du « Spread the Love around the world », qui fait monter un peu la sauce avant de balancer comme disent les jeunes du sal avec le premier couplet.

On retrouve d’ailleurs une référence déjà faite dans l’album à Johannesburg (Joburg), ici un peu plus développée. Référence ainsi logique à l’Afrique, et aux différentes luttes politiques. Comme nous pouvons le lire ou l’entendre dans les différentes interviews réalisées, une des thématiques de l’album et même plus largement du groupe est justement toute cette notion d’héritage et de retrouver et reconnecter avec ses origines. On peut d’ailleurs le voir avec le refrain, totalement dans leur mouvance rap hippie, appelant à l’amour dans le monde entier, de l’Afrique du Sud au Japon.

/Reste de l’analyse en cours de rédaction/

Publié par AntoineRp

Blogger, musicien passionné bossant dans la com. Je bosse également pour Actugaming.net !

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