Critique sur Pellicule virtuelle : Mank de David Fincher

Mank David Fincher

Alors que les salles de cinémas vont rouvrir leur portes dans une poignée de jours, Netflix en tant que « Grand sauveur de la cause cinématographique » (lisez cela avec, bien entendu, cynisme), dégaine une nouvelle grosse arme : le nouveau film de David Fincher, Mank.

David Fincher, on sait pas si c’est un gars sympa ou non (on ne l’a, pour le coup, pas rencontré), mais c’est un cinéaste qui inspire très souvent passion et émerveillement pour tout amateur du 7e Art. Sans vouloir refaire son CV (il y a wikipédia pour cela), mais de Se7en à Fight Club, ou encore The Social Network et Gone Girl, très clairement, le cinéaste sait faire des grand film marquant. De notre côté, si on avait un film à retenir de sa filmographie, ce serait très certainement Zodiac qui, en plus d’être un film marquant de bout en bout, est une véritable claque visuelle en étant le premier film marquant tourné en numérique.

Mais revenons à nos moutons actuel, et avant de parler véritablement de Mank, il nous paraît important de parler de plusieurs chose, à commencer par la relation entre Fincher et Netflix. Vous ne le savez surement pas, mais la première collaboration entre le réalisateur et la plateforme date de 2013. En effet, le monsieur à tout d’abord été en charge de la réalisation des deux premiers épisode de House of Cards. Suite à cela, nous avons pu le retrouver sur l’autre excellente série Mindhunter mais aussi en tant que producteur de l’anthologie Love, Death & Robots. Pour autant, ce n’est qu’au bout de 7 ans de collaboration que le monsieur signe avec la plateforme, son premier film. Et ce ne sera très certainement pas le dernier car le deal d’exclusivité du réalisateur pour la plateforme de SVOD se poursuis pour encore 4 années.

Mank en deux mots
(ou presque)

Mank raconte l’histoire de l’écriture du film culte d’Orson Welles, Citizen Kane, au travers de l’histoire de son scénariste, Herman J. Mankiewicz, en plein hollywood des années 30.

Un projet de longue haleine pour Fincher

Mank, c’est initialement un script écrit par le papa de David, Jack Fincher, dans les années 90. David Fincher a pour projet alors de le porter à l’écran à la fin de la décennie après la sortie de The Game (un autre Fincher que nous vous conseillons). Le film ne se fait pas car la volonté de faire le film en noir et blanc a freiné les boites de prod. Sans que l’on sache par la suite vraiment ce qu’il se passera en coulisse, il essayera au fil des années de faire son film, pour au final avoir un GO du côté de Netflix.

Oui, c’est de nouveau Antoine, pour vous faire un petit point autour du fonctionnement de Netflix et de ce que l’on appelle les « Netflix Originals ».

On va tout de suite donner une information important : Netflix ne produit PAS des films et des séries. Ce que fait la plateforme, c’est acheter des droits de diffusions internationaux (ou limitée) en amont de la production de l’œuvre. c’est à dire que Mr. Fincher va voir Netflix en disant : vous me payez mon film ? Il faut donc plutôt considérer le géant de la SVOD comme un financier diffuseur plutôt qu’un véritable producteur. Pour l’exemple, Mank est produit par A24, IAC et Elara Pictures ; The Irishman par Sikelia Productions, Tribeca Productions et Winkler Films ou encore Okja est produit par Lewis Pictures, Kate Street Picture Company et Plan B Entertainment.

Donc s’il vous plait, arrêtez de dire que netflix produit des choses, il les distribuent et payent des droits de distribution exclusives, merci.

On y retourne ! (Au fait, si vous voulez vous plaindre, y a la section commentaire, ça aide au référencement également).

A partir de l’annonce du film en 2019, c’est le chemin traditionnel de production du film, préparation, tournage, post prod etc. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons ce 4 décembre avec Mank, disponible sur Netflix. Et si vous vous posez la question, il n’existe aucune version en couleur du film, ne tapez donc pas votre écran lorsque vous lancerez le film.

A titre d’information, nous avons eu l’occasion de découvrir le film 2 jours en avance via une projection spéciale par la plateforme organisé par la Cinémathèque française suivi de la retransmission filmée de la rencontre entre David Fincher et Frédéric Bonnaud, directeur général de la Cinémathèque française. Des conditions de visionnages pour le coup très bonne, permettant en plus d’avoir un beau complément autour du film et avoir quelques clés de compréhensions supplémentaires.

Une plasticité fétichiste obsessionnelle

La première chose qui marque dès les premiers instant de ce Mank, c’est le travail de fourmi obsessionnel organisé par David Fincher pour proposer une retranscription ultra fidèle du Hollywood des années 30, jusque même dans son image. Comme nous le disions en préambule, le film adopte un noir et blanc avec un étalonnage visant à rappeler la qualité des images du cinéma de l’époque, jusque dans la présence de ces fameuses marques de cigarettes signifiant au projectionniste de changer de bobines.

Et dès lors, c’est là que l’on peut voir les premières limites de son procédé. Car à vouloir absolument faire un film « comme à l’époque », tourner cela avec une caméra 8K semble totalement incohérent au final. Qu’est ce qui l’empêchait de ne pas prendre une argentique de 16 ou 33mm et de tourner son film ainsi pour avoir véritablement le même grain et les mêmes conditions de tournage ? On peut se douter que, au vu du besoin de 200 prises du réalisateur pour une performance, les dépenses en pellicule auraient été énormes.

Quoi qu’il en soit, tout comme Quentin Tarantino et son Once Upon a Time in Hollywood, le travail de reconstitution est tout simplement impressionnant et également plaisant. Ce travail, on ne le retrouve pas uniquement à l’image, mais aussi aux oreilles avec d’un côté un mixage son reprenant des effets sonores nous plongeant dans le cinéma de cette époque, et une bande son exceptionnelle signée Ross et Reznor qui fera chavirer les mélomanes amateurs de jazz et toute cette musique servant l’imagerie de cette époque.

Et comme vous le verrez, ce ne sera pas le seul point concordant entre Tarantino et Fincher…

Une conception narrative et technique réussie

Comme vous le savez, Mank parle de l’écriture du fameux Citizen Kane, un film qui, pour 1941, a été novateur notamment dans son déroulé narratif. En effet, le film repose sur le principe d’alternance de temps, entre présent de la narration et flashback, chose peu courante à l’époque. Ce procédé narratif à bien entendu été maintes et maintes fois utilisé, voir même totalement repris même dans son déroulé global.

En exemple le très bon Velvet Goldmine qui se trouve être littéralement un remake de Citizen Kane à l’ère du Glam rock. Et bien Mank, en plus d’avoir comme sujet la conception du film, reprend également ce principe narratif et l’applique pendant la durée complète du récit. Une intelligence de script que l’on doit donc à son père. Mais là où le film va encore plus loin, c’est dans son montage, qui permet de créer ces transitions de façon intelligente et très souvent avec un certain waouh effect. Lorsque l’on transitionne vers un flashback, nous nous retrouvons avec un fondu au noir, tandis que lorsque nous revenons dans la narration présente, ce sera principalement un cut direct.

Certaines transitions brillent de subtilité, telle la fermeture d’une porte concordant a plonger la pièce dans le noir et donc transitionner, comme une transition va s’effectuer par le claquement d’une porte (oui on aime bien les portes ici) et où le montage va ainsi être simultané de façon visuelle et sonore.

Au niveau de la mise en scène de façon pure, nous retrouvons une bonne partie de ce qui compose le cinéma de Fincher : des plans fixes, de longues scènes de discussions, pas de caméra au poing, et, comme on peut le voir dans l’ensemble de ses films, une attention à montrer au spectateur chaque chose utile dans le récit : une bouteille, un journal… Très clairement, si vous aimez la belle image, vous allez être ravi avec Mank. De notre côté, nous allons pendant longtemps garder en mémoire ce qui est surement la plus belle contre plongée de 2020 avec les personnages de Mank et de Davies.

Un petit mot d’ailleurs pour le cast impeccable du film, que ce soit Gary Oldman dans un cabotinage contrôlé incroyable, ou bien Amanda Seyfried qui est tout simplement incroyable et qui rend un digne hommage aux grandes actrices de cet âge d’or d’Hollywood.

Puis-je profiter de Mank sans avoir vu Citizen Kane ?

Question épineuse ! De notre côté, nous pensons qu’il est tout à fait possible de profiter du film sans avoir vu Citizen Kane. Néanmoins, il y a clairement un risque que vous ne possédiez au final pas l’ensemble des clés de compréhension pour profiter pleinement du film.

Que l’on soit clair, Mank est un film tout de même exigeant, où le contexte des années 30, de l’industrie cinématographique est tout de même très important pour une compréhension et appréciation optimale du film selon nous. Mais donnez nous tort, on en sera ravis !

Alors, on regarde Mank ?

Comme vous avez pu le remarquer, cette critique de Mank a principalement tourné autour de la dimension technique du film. La raison principale est que le film est une très belle prouesse visuelle et technique, mais où le bat blesse dans son scénario, non pas en tant qu’objet unique, mais en tant que film « par Fincher ». Très clairement, nous avons face à une œuvre véritablement unique dans sa filmographie.

Il en reste que, tout comme Once Upon a Time In Hollywood, Mank est un film qui va diviser les aficionados du réalisateur issu de Denver. De notre côté, nous l’avons adoré, non pas spécifiquement en tant qu’œuvre de Fincher, mais en tant que film parlant avec passion et fougue visuelle comme sonore d’une époque culte du cinéma. Tout comme Quentin Tarantino, David Fincher signe ici ce qui peut être son film le plus personnel et intime.

Mank

  • Réalisateur : David Fincher
  • Scénariste : Jack Fincher
  • Avec Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lilly Collins…
  • Musique : Atticus Ross + Trent Reznor
  • Décors : Donald Graham Burt
  • Costumes : Trish Summerville
  • Photographie : Erik Messerschmidt
  • Son : Ren Klyce
  • Montage : Kirk Baxter
  • Durée : 131 minutes
  • Production : A24 Films, IAC, Elara Pictures
  • Distribution : Netflix International Film
  • Disponible sur Netflix depuis le 4 décembre 2020

Notre note :

Note : 4 sur 5.

Publié par AntoineRp

Blogger, musicien passionné bossant dans la com. Je bosse également pour Actugaming.net !

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