Critique sur pellicule : Lux Æterna de Gaspar Noé

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Il y a de ces films dont on ne sait pas trop par quel bout le prendre. Doit-on en parler selon sa propre réception et son analyse ? La replacer dans la politique des auteurs ? Doit-on nous formaliser également sur les propos de son créateur obligatoirement ? Très clairement, lorsque l’on se retrouve face à une œuvre telle que Lux Æterna, mettre des mots sur notre ressenti semble la chose la plus difficile à faire.

Lux æterna en deux mots
(ou presque)

Lux Aeterna raconte le tournage d’un film, celui de Beatrice, où Charlotte possède le premier rôle, celui d’une sorcière, qui sera, dans la scène qui doit être tournée aujourd’hui, brulée au bucher.

Difficile déjà de ne pas parler de son auteur, Gaspar Noé. Réalisateur français s’inscrivant selon la critique comme étant du cinéma d’auteur sans concession, qui a notamment marqué le public cinéphile à plusieurs reprises, que ce soit avec Irreversible ou encore plus récemment avec Love puis Climax. Gaspar Noé fait très clairement partie de ces auteurs qui ont marqué le cinéma français depuis les années 90, ayant souvent choqué la critique et le public. Que l’on se dise très clairement, l’auteur de ces lignes possède une relation assez spéciale avec l’œuvre du cinéaste, aussi passionnante que répulsante.

Climax était d’ailleurs une sorte de premier pas pour Gaspar Noé vers un cinéma plus « accessible ». Les guillemets sont à mettre avec d’énormes précautions car très clairement, votre grand-mère qui se nourrit de comédies française racistes s’enfuira de la salle au bout de 10 minutes du film.

Lux Æterna donc, arrive initialement comme une opportunité pour le réalisateur français de réaliser un court métrage, financé par la marque Saint Laurent (il y a pire ouais), avec comme conditions assez simple : utiliser nos égéries et vêtir les personnages des vêtements de la marque. Très clairement, on a vu pire comme sponsoring. C’est ainsi que notre bon Gaspar se retrouve à créer une œuvre d’une 15ne de minutes qui évoluera en un 50 minutes avec en tête d’affiche, le sublime duo Beatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg. Le tout en proposant un film quasiment improvisé de A à Z au tournage et au montage.

Oui, c’est Antoine, l’auteur de ces lignes qui, entre deux trois paragraphes assez sérieux sur autour du film, ne peut s’empêcher de lancer une petite déclaration d’amour à ce duo tout simplement sublime. Je ne peux d’ailleurs que vous inviter à foncer voir les filmographies des deux tant cela regorge de merveilles et surtout à chaque fois d’un choix très minutieux de carrière, en travaillant à chaque fois avec des tueurs. C’est d’ailleurs assez fou de voir qu’au final, ce sont pour elles deux que le premier projet avec Gaspar Noé tant cela semble d’une logique pure de voir ce trio ensemble. Allez, on retourne à nos moutons.

Un film de sorcières sur la Femme

Je vais commencer, avant de m’étendre sur une analyse personnelle de l’œuvre, par citer une phrase que l’on a pu entendre des mots d’un Gaspar Noé en réalité très timide et introverti : « j’aime juste les jolies filles. »

Si ces mots pourraient être considérés dans tout les sens possibles et imaginables notamment venant de la bouche du réalisateur de Irreversible qui a mis en scène ce qui est une des scènes les plus choquantes de l’histoire du cinéma, il faut en réalité regarder de façon un peu plus transversale ses films pour y voir, quasiment à chaque fois, l’importance de la femme. Elle peut être sublime et sublimée pour être iconisée (Monica Belluci dans Irreversible), pleine d’espoir et de rêves (Sofia Boutela dans Climax), ou encore être tout simplement pleine d’humanité (Aomi Muyock dans Love).

Encore une fois, ce que l’on retrouve ici, c’est bien deux femmes, en l’occurrence Béatrice Dalle ainsi que Charlotte Gainsbourg, incarnant leur propre personnage, ou presque. Des versions non pas idéalisées, mais considérés comme des sorcières, non pas par leur pouvoir, mais par la persécution qu’elles vont subir. Car oui, si Lux Æterna traite de la thématique des sorcières, c’est une très belle métaphore aussi du traitement de la femme par l’homme.

Pour faire assez simple concernant notre point de vue par rapport au film sur cette interprétation là, nous allons reprendre les grandes lignes du film et état d’âme des personnages. Promis, on parle de mise en scène après.

Pour commencer en fait, il faut voir que le film se sépare en plusieurs segments. Le tout premier, c’est un ensemble de plans fixe, où les deux actrices ici discutent telle de bonne vieilles copines. L’une est la réalisatrice du projet, l’autre, une actrice plutôt intéressée par le projet. On retrouve donc ici une situation initiale, qui va être bousculée par l’arrivée de deux hommes dans la pièce.

Dès ce moment, c’est le drame. Le chaos s’installe petit à petit, et les différents personnages masculins se retrouvent à graviter autour de ces deux personnages, rendant petit à petit la situation ubuesque et atteignant, au final, un point de non-retour. Et au final, ce sont les femmes, impuissantes, qui subissent le courroux, l’ambition exacerbée, et l’extrémisme d’un homme, ce qui plonge au final les personnages comme le spectateur, véritablement victime d’un bûcher. Même les autres personnages féminins se retrouvent simplement victimes de la situation.

Et c’est déjà là que Gaspar Noé fait très fort. Car au final, ce lien filé entre la thématique des sorcières, victimes très souvent de la religion et des hommes, et celle de ce tournage où ce sont également les femmes qui sont au final considérées comme des sorcières envoyées au bûcher. C’est très puissant et ça fonctionne vraiment bien.

Split-screen, mon amour

Ce que l’on remarque le plus concernant dans la mise en scène, c’est ce split-screen quasiment omniprésent de bout en bout. Une utilisation très originale et très efficace, qui sert totalement le propos du film, permettant également de confronter totalement les points de vues, multipliant les cadres, et offrant au final une liberté, le tout dans un quasi film séquence.

On retrouve d’ailleurs cette dimension schizophrène du chaos avec le split-screen, montrant d’un côté les désirs et espoirs de Béatrice, et de l’autre côté, la tentative de prise de pouvoir de la production. Le tout pour finir a cette séquence finale, avec l’utilisation de lumières qui vous plongerons dans une folie pure, nous forçant d’être le cobaye de la folie des personnages.

C’est quelque chose que l’on a toujours retrouvé dans le cinéma de Noé. Cette volonté d’entraîner le spectateur dans différentes directions, et même de provoquer une réaction quasiment physique face à l’œuvre. Très clairement, si vous êtes sujet à de l’épilepsie, n’allez pas voir le film, et on vous dirais qu’il y a peu d’intérêt à voir le film dans un autre cadre que la salle de cinéma. Si vous souhaitez donc voir le film, allez-y maintenant avant qu’il ne soit plus en salle !

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Lux Æterna

  • Réalisateur et scénariste : Gaspar Noé
  • Avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Abbey Lee…
  • Musique : Pascal Mayer
  • Décors : Samantha Benne
  • Costumes : Frédéric Cambier
  • Photographie : Benoît Debie
  • Son : Ken Yasumoto
  • Montage : Jérôme Pesnel
  • Durée : 51 minutes
  • Production : Les Cinémas de la Zone, Saint-Laurent et Vixens
  • Distribution : UFO Distribution et Potemkine Films
  • En salle depuis le 23 Septembre 2020

Notre note :

Note : 4.5 sur 5.

Lux Æterna c’est la petite baffe cinéphile de cette rentrée. Très clairement, on parle d’un cinéma qui est peu accessible ici, mais si vous souhaitez découvrir un cinéma différent, expérimental, et qui ose, vous y trouverez peut être une œuvre qui vous marquera. Et peut-être même que vous aurez par la suite la curiosité d’aller voir la filmographie de son auteur.

Publié par AntoineRp

Blogger, musicien passionné et étudiant/bossant dans la com. Je bosse également pour Actugaming.net !

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