Rencontre entre deux plateaux : Interview avec No One is Innocent

A l’occasion du concert ayant eu lieu à la Coopérative de Mai, nous avons eu la chance de rencontrer Kemar, chanteur de No One is Innocent, quelques instants avant leur concert.

Tout d’abord, félicitation pour votre nouvel album ! C’est votre second album depuis votre retour à un son beaucoup plus brut, est-ce que c’est une musique qui vous ressemble plus?

Kemar : En fait, l’ADN de No One, c’est ce son là. Notre hantise est en réalité de faire le même album et je pense que c’est pour cela que le groupe perdure. On ne nous épuise pas à faire le même album. Mais ici la volonté était de garder ce son, cette ADN là pour Frankenstein. Même si pour le coup, la différence avec Propaganda est que cet album est beaucoup plus animal, instinctif, organique.

On le voit d’ailleurs dès la première écoute, on ressent cet aspect immédiat de l’album, comme si il y avait un besoin de le faire, de le sortir. comment est né du coup cet album?

Un peu dans l’envie, au bout d’un an de tournée, de se retrouver avec Shanka et Popy (ndlr. guitaristes du groupe) et d’écrire des chansons. A force d’enchaîner les dates, ce qui reste un grand plaisir, il y a un besoin de se retrouver simplement et d’écrire chez les uns et chez les autres. Et inversement quand tu passes trop de temps à écrire des chansons, tu n’a qu’une seule envie, aller sur scène. On a ressenti ce besoin là autour de Aout 2016. Shanka a commencé à sortir des idées, popy a suivi et on a commencé à se retrouver et faire les premières démos.

En rentrant plus dans le détail de l’album, vous avez choisi d’utiliser le nom de la figure mythique fantastique qu’est Frankenstein, quelle est la signification du coup pour vous sur cet album de cette créature là?

Elle est multiple, elle est représentative de l’être humain, de plusieurs êtres humains. Il y en a pas qu’un seul de Frankenstein. Nous, on en évoque plusieurs. Si on a appelé cet album comme cela, car c’est dans cinq titres que l’on y retrouve cette idée de création d’un monstre. Trump, les populistes pendant la campagne présidentielle, les mecs de la finance, l’ingérence occidentale au moyen-orient qui nous renvoie un boomerang violent. Le Burnout peu révéler aussi une création d’un monstre, des gens comme toi ou moi. En fait, on est tous, les uns comme les autres, confrontés à une espèce de transformation de tempérament.

C’est intéressant cette vision de création de monstre car on a eu l’impression en écoutant l’album, de voir un jeu de question réponse entre ce que vous disiez dans Propaganda et aujourd’hui dans Frankenstein. Notamment entre le titre « Putain si ça revient » qui avertissait au final a ce que vous dites dans « Hold-up au nom du peuple »

C’est vrai ! Pour le coup en plus, on y est allé avec les gros sabots en reprenant le slogan du FN des présidentielles. Il y a des thématiques qui sont obsessionnelles par moment et il faut être capable de se renouveler dans la façon dont tu vas en parler. Hold-up au nom du peuple, c’est exactement ce que l’on a vécu pendant les présidentielles. Il y a eu des moments où on a vu des hommes et femmes politiques qui se sont révélées et c’est monstrueux. La façon dont ils s’affichent, qu’ils viennent nous baratiner leur sauce. On est juste des musiciens qui transmettent ce que plein de gens pensent lorsqu’ils écoutent la radio ou regardent la télé. On est simplement la retranscription musicale de ça.

C’est quelque chose que vous faites depuis toujours d’ailleurs, j’ai réécouté récemment les trois premiers albums et les thématiques que vous parlez sont encore très actuelles, ce qui est effrayant en plus.

C’est totalement ça. Et c’est tout le challenge pour nous de bifurquer sur d’autres thématiques. Si tu n’arrives pas à réutiliser un thème et le rendre intéressant par rapport à ce que tu racontes, pars sur autre chose.

Pour vous, le rock est un vrai second langage, pourquoi utiliser ce langage musical là pour parler de ces thèmes-ci?

Tout simplement car le rock reste sauvage, animal. On se voit pas trop revendiquer et parler de tels sujets en faisant de la pop à la Julien Doré. Il y a des morceaux engagés utilisant la pop comme langage, il y a juste à voir Imagine de John Lennon pour voir l’impact d’un tel morceau, et la facilité qu’il y a à toucher les gens en utilisant ce langage là. Notre ADN c’est le rock, c’est Black Sabbath, c’est le MC5, c’est les Stooges, c’est Motorhead. C’est cette musique là que l’on aime faire. C’est pas facile dans ce pays, mais on a la chance d’être un groupe qui a son public, qui existe depuis quelques temps.

On ne fait pas un album en écoutant les gens, ce qu’ils veulent. On fait un album car c’est ce que l’on aime entendre, ce que l’on ressent nous-même. Si on veut faire un morceau comme Les revenants avec cette ambiance très menaçante, on le fait. Dans ce groupe, c’est la musique qui drive, qui pousse les textes, l’attitude, les thématiques. Un morceau comme Ali, on a commencé par travailler l’instrumental et on s’est rendu compte qu’il était rempli de cette rythmique très proche de la boxe, avec des gauches, des droites, des uppercuts.

C’est du coup le rythme de la musique qui t’a donné envie de faire ce texte là ?

Exactement. Avec la disparition de Mohammed Ali il y a deux ans, et qui est une personne qui a marqué les esprits. On a besoin de parler de héros comme cela. Des personnes qui ont utilisé le sport, la musique, le théâtre pour défendre des idées, des causes. A notre niveau, on a décidé dès le départ d’utiliser la musique pour dire des trucs, et a notre échelle défendre des idées.

D’ailleurs, par rapport au climat politique actuel où on est dans une situation où le gouvernement nous anesthésie, avec des ordonnances laissant le dialogue sur le carreau, comment créer la révolte?

La révolte existe déjà par les gens dans la rue, qui font ch*** les uns mais en même temps nécessaire car ceux qui sont dans la rue défendent aussi les autres. C’est là où il faut avoir le recul nécessaire. Mais comme tu le dis on est en train de nous endormir bien calmement. C’est un peu le propos d’un Frankenstein qui dit dans ses paroles « Dormez tranquille, tout ira bien ». Ne vous occupez de rien, on s’occupe de tout et ne vous en faites pas… C’est là où il faut être vigilant. Tout le monde ici reste solidaire de tout les mouvements de contestations. Macron est une personne difficile à cerner, à évaluer dans ce qu’il est en train de faire en dehors du fait qu’il est de plus en plus de droite. On essaie de nous faire croire beaucoup de choses, que la SNCF va rester un service public…

Un grand merci à Kemar pour avoir pris de son temps pour répondre à nos questions. Quand à nous, on vous invite bien entendu à aller lire le live-report disponible sur le site, et on vous donne rendez-vous très bientôt !

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