Critique sur Platine : Mousquetaire #2 de Romain Humeau

A peine deux petites années après son premier opus, Romain Humeau revient avec Mousquetaire #2, le second bout de son projet. C’est sous son label fraîchement créé, Seed Bombs Music, que le chanteur nous propose aujourd’hui ce nouvel album.

En 2010, il y a donc a peu près 8 ans, je suis allé voir un concert dans le cadre d’un petit festival. J’y allais pour voir La Maison Tellier, qui venait alors de sortir son troisième album, et j’avais eu la chance déjà à l’époque d’écrire un papier sur eux et d’avoir interviewé leur chanteur, Helmut. Ils jouaient en première partie d’un autre groupe, Eiffel. Un groupe que mon père aimait (et aime) beaucoup et j’avais à ce moment trop peu écouté le groupe. Le choc fut violent. Je me suis trouvé face à un groupe qui sonnait, qui jouait très fort, et qui était autant porté par sa musique que par ses paroles, aussi poétiques qu’engagées ! Si je les ai par la suite revu à l’occasion de la tournée autour de l’album Foule Monstre, ce concert est resté, encore aujourd’hui dans ma tête.

En 2016 sortait Mousquetaire #1, premier album d’un diptyque inventé initialement comme un unique album. Mélangeant les sonorités, les genres, on se retrouvait emporté dans son univers musical, avec comme toujours une véritable finesse en terme de composition. J’avais eu un très gros coup de cœur à l’époque pour cet album, qui reste encore aujourd’hui un de mes albums de chevet, une véritable source d’inspiration musicale et parolière. Je vous invites d’ailleurs à aller voir une interview réalisée par la revue La Coudée qui est je trouve une des meilleure traitant de son rapport aux mots et à la musique.

C’est donc avec Mousquetaire #2 que Romain Humeau revient cette année. Un album qui, s’il complète et se rassemble avec le premier opus, propose des compositions, des ambiances et sonorités très différentes. On peut voir que ces deux albums se parlent et se répondent, créent un véritable dialogue entre eux. Mélangeant principalement le français et l’anglais, les genres musicaux se mêlent et s’entremêlent. De la ballade au hip-hop, on vit une véritable traversée dans l’esprit créatif du poète, et il est difficile de rester de marbre face à sa musique comme ses textes. Un morceau comme Artichaut brille par son originalité, ses textes, sublimes. Cet album est un véritable tour d’horizon de ses influences musicales, de la pop anglaise des Beatles aux américains de Pixies en passant bien entendu par la chanson française et latine, dont on voir de plus en plus d’affiliations dans sa musique, avec le morceau Quixote ici. Un morceau comme Tram Track to the Blue nous ramène directement en plein dans les années 90, où le groupe de Frank Black sévissait. On pourrait d’ailleurs faire le parallèle jusqu’au bout, Frank Black ayant eu entre les albums des Pixies une carrière solo plutôt réussie !

Les morceaux se suivent et s’enchaînent, proposant à chaque fois de nouvelles sonorités, tout en formant un ensemble cohérent. La guitare acoustique devient ici un véritable liant entre chaque morceau, qui rythme, créé la mélodie, le tout répondant ou posant une question à la voix de Romain Humeau. Nyppon Cheese Cake en est l’exemple parfait, un long morceau de 7 minutes qui démontre tout le talent du chanteur de Eiffel. Le texte est très engagé, comme il en a toujours été question dans sa musique. Un véritable exemple de l’importance de la sortie d’un tel album aujourd’hui. Séparé de son label original (PIAS), Romain Humeau a créé son propre label, Seed Bombs Music, où l’on fête le retour du tout artisanal. Le but est de se séparer de toute contraintes et entraves à la musique, à l’artistique. Stop à la création musicale selon un format défini, une cible ou une marque. Stop au marketing musical, ici on ne pense qu’à une chose : la musique, dans sa création pure et son esprit DIY.

Ici à Danger Zone, un projet comme celui-ci nous touche et résonne en nous. Il est important selon nous que l’artistique puisse revenir à une forme libre, sans aucune entrave ou contrainte financière. Nous aurions très bien pu parler d’un autre album, le mois de janvier était pour le coup plutôt sympa en terme de sortie. Entre le Beth Hart/Joe Bonamassa, l’excellent premier album du groupe Shame ou le nouveau Black Label Society. Mais il nous semble beaucoup plus important et intéressant de parler d’une démarche totale d’un artiste qui souhaite et entreprend tout ce qu’il faut pour exprimer sa musique, le tout sans aucune contrainte. Nous vous avions par exemple parlé du dernier album de Mr Yéyé ici qui, sous une forme et des origines musicales différentes est dans cette démarche là, et c’est quelque chose que nous souhaitons mettre en valeur ici. Le pari était risqué, sacrifier sa place dans un label, recommencer de zéro, mais Romain Humeau à réussi le pari avec brio, et on espère bien pouvoir le voir prochainement lors des quelques dates que propose le chanteur, que ce soit en groupe ou en solo.


Mes coups de cœurs de l’album :

Tram Track to the Blue
Artichaut
Naked Lunch
Nyppon Cheese Cake
Leveless
Smartly Stupid


Mousquetaire #2 est un excellent album. La suite que l’on attendait à un excellent premier opus. Varié, extrêmement bien écrit, Romain Humeau, tout en restant droit dans ses bottes en allant jusqu’au bout de sa démarche même éditoriale, propose un album DIY qui s’avère déjà être un grand album de 2018 !

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