Critique du placard : Les proies de Sofia Coppola

Récompensé pour sa mise en scène au dernier festival de Cannes, Les Proies est le nouveau film de Sofia Coppola. A l’occasion de sa sortie en salle, je vous donne mon avis sur le film !

 

Sofia Coppola est une réalisatrice dont j’aime beaucoup son cinéma. J’ai découvert sa filmographie comme beaucoup de monde avec son premier film, Virgin Suicide. Depuis, j’ai dévoré chacun des films qu’elle a sorti. Si j’ai eu plus de mal avec son dernier film, The Bling Ring, qui avait énormément de mal à trouver son rythme et son discours a mon avis, j’étais impatient de revoir la réalisatrice à l’oeuvre dans un récit qui, comme Marie-Antoinette à l’époque, propose une reconstitution d’époque.

Les Proies prend place quand à lui en pleine Amérique du XIXe siècle, alors que la guerre de Sécession fait rage. L’histoire prend place dans le pensionnat pour jeunes filles, où un certain soldat nordiste vient d’être secouru par une des jeunes filles. Le synopsis parle après par la suite de tension devenant de plus en plus forte, causant des rivalités dans le pensionnat. En vrai, le film parle surtout de comment l’incursion d’un élément perturbateur est capable de déséquilibrer tout un écosystème mis en place.

Le film n’est clairement pas à voir pour son scénario.Si les situations semblent assez prévisible, c’est plutôt comment le récit est abordé qui rend cet aspect scénaristique davantage divertissant. Divertissant est le bon mot car le scénario écrit par Sofia Coppola lorgne d’avantage vers la comédie que le drame. Appuyé par les performances d’un cast impeccable, ce sont les réactions des jeunes filles face aux situations qui rythme ce récit . Il est intéressant de voir que la psychologie des personnages a été assez poussée, jusqu’aux gimmick spécifique de chaque personnages. Coppola n’a plus à le prouver, elle sait écrire des personnages, et elle le fait encore très bien ici. On pourra cependant reprocher que ces réactions ainsi que le dialogue tombe par moment au ridicule lors de certaines scènes, qui au final vont en la défaveur du film.

 

Les Proies ne dérègle pas à la règle concernant les différents thèmes abordés. L’ennui, la solitude, mais également la place de la femme dans la société, Sofia Coppola reste fidèle à son cinéma. En mettant en avant le quotidien de ces jeunes filles qui, alors que les bruits de canon résonnent dans le pensionnat, passent leur temps à apprendre le français et broder. Sofia Coppola réussit tout de même à mettre en scène ces moments de la vie quotidienne alors que l’élément perturbateur du récit arrive dès la première scène. De nombreux films auraient d’abord présenté le pensionnat avant de mettre en scène l’arrivée du soldat.

Ce qui est intéressant durant tout le film, c’est de voir que le point de vue adopté ici est inversé comparé au film de 71 de Siegel. Il suffit de comparer la séquence de la rencontre avec le soldat pour comprendre le point de vue adopté : dans le film de 1971, le soldat, debout dans l’arbre, tombe au sol. Ici dans l’adaptation moderne de Sofia Coppola, le caporal est déjà au sol, agonisant parmi les racines.  Là où le personnage masculin côtoyait les cimes, il côtoie désormais les racines. Le ton est donné ainsi dès les premiers instant, le point de vue de la narration sera celui des femmes et non des hommes. Et c’est ce qui fait ici, la plus grande réussite sur l’aspect scénaristique du film.

Mais si l’aspect scénaristique est selon moi mitigé, il est rapidement oublié par la plasticité du film et notamment sa photographie. Le travail de Philippe Le Sourd (Directeur de la photo) est juste exemplaire. Déjà à l’oeuvre précédemment dans The Grandmaster, le monsieur propose une Virginie sublimée par les conditions météorologique, par cette densité de fumée mis en place donnant tout le relief aux arbres et feuillages environnant cette sublime demeure, lieu du huit clos. Il ne faut pas l’oublier, mais Les Proies est un huit clos disposant de codes spécifique, respectés et sublimés par cette réalisation.

Il faut tout de même noter un travail de la lumière incroyable. Rarement on a vu autant de contraste sur les corps, les objets. Je pense que le film à globalement été filmé en lumière naturelle et à la bougie, comme Kubrick l’avait précédemment fait avec Barry Lyndon, mais que quelques lumières artificielles très faibles ont été ajouté, pour pouvoir effectuer un travail de colorimétrie plus propre pour avoir ce rendu final donnant un véritable réalisme au film. Ce réalisme est d’ailleurs appuyé par l’absence ou presque de musique dans le film. De nombreux bruitage rythme tout de même le récit, tel que le bruit des oiseaux, ou celui des canons, permettant de placer le film dans son contexte de guerre de Sécession. Un véritable rafraîchissement dans la filmographie de la réalisatrice, qui nous avait habitué à mettre de l’indie-pop et du rock chez Marie-Antoinette.

Il est d’ailleurs étonnant lorsque l’on regarde Les Proies de voir a quel point ce film est singulier dans la filmographie de la cinéaste. Non pas dans les thèmes qu’il aborde, mais dans son enrobage. Sofia Coppola a depuis toujours été une réalisatrice que l’on pouvait considérer comme « pop »: dans sa mise en scène, dans sa musique, dans son récit. Il suffit de voir Lost in Translation et ses scènes dans Tokyo, Somewhere et Hollywood, Virgin Suicide et sa musique. Ici, tout cet aspect semble avoir disparu, pour gagner en simplicité et en minimalisme.

Les Proies de Sofia Coppola est un film qui, malgré les quelques défauts scénaristiques, fait le job. Avec une plasticité parfaite, le film est surement une des plus belle réussite technique de la réalisatrice, mais parait au premier abord comme le moins personnel, le moins proche de son cinéma. Il reste un film que je conseille, même si il n’obtient pas le tampon Danger Zone.

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