Musique x Cinema #3 : Baby Driver ou la science du son cinématographique

J’ai un aveu à faire : je suis un grand fan de Edgar Wright. Parmi tout les réalisateurs contemporains actuel, il est pour moi la synthèse parfaite de ce que j’aime dans le septième art qu’est le cinéma : une réalisation soignée, une véritable science du montage, et surtout une véritable vision sonore de son ensemble. Baby Driver, son dernier film, est peut être son film le plus conventionnel pour le grand public, mais reste néanmoins une véritable réussite, un grand film d’action, et la quintessence de son cinéma.

Baby Driver est son cinquième film. On pourrait presque dire six si les gars de Marvel l’avait pas jeté dehors sur Antman, qui était pourtant un projet auquel Wright tenait vraiment. Mais cela nous as permis au final de pouvoir avoir ce film plus tôt au final. Baby Driver est sorti aujourd’hui dans nos salles française, et il est sans aucune hésitation LE film d’action à voir cet été, donc je vous invites à foncer dans vos salles faiblement éclairées voir ce nouveau chef d’oeuvre du genre !

J’avais pour ma part beaucoup d’appréhension, notamment car c’est la première véritable oeuvre américaine du gars (il avait réussi à contourner le coup avec Scott pilgrim avec une double prod americo-canadienne), et si la première bande annonce m’avait rassurée, je restait dans l’appréhension que l’on aurait qu’une simple suite de gimmick de réalisation pour but de simplement styliser un film pensé par les américains.

Et c’est dans ces moments là que le plaisir en salle n’est que décuplé, lorsque l’on a devant nous un film aussi généreux, bien fait, et restant très fidèle à la réalisation du bonhomme. Avant de lire la suite de cette chronique, je vous invite à aller regarder du coté de la critique du placard sortie récemment. Si la critique est garantie sans spoiler, cette chronique peut contenir des spoils mineurs du film, donc allez voir Baby Driver et revenez ensuite.

I use music to focus, like an internal motor.

Edgar Wright

Comme dit précedemment, la musique est sûrement l’aspect le plus important de Baby Driver. Tout d’abord car elle est ce qui fait vivre le personnage principal Baby, et que toute ses actions sont motivés par la musique. Si j’ai mis cette citation si dessus de Edgar Wright, c’est car Baby est la parfaite illustration de Edgar Wright : une personne qui vit pour conduire (un film donc), en étant rythmé par la musique. Il est interressant alors d’analyser le film et de le voir sous le regard de voir en Baby notre réalisateur chéri de tous face à son principal démon, être capable d’avancer, de changer, et donc de tourner la page après son/ses films.

On peut y voir deux choses, tout d’abord la peur de Wright de completement passer à du neuf après la cornetto trilogie dont toute sa réputation est basée pour le grand public. On peut également y voir la difficulté pour Wright de lacher un projet, tel que Ant Man, mais voir en même temps l’attrait de la nouveauté (symbolisé par Deborah), dont il rêve grand avec.


Retournons maintenant après ce petit pas de gauche vers le sujet qui nous intéresse : la place de la musique dans le film.

La musique de Baby Driver est, comme précisé, l’aspect le plus important du film. Chaque scène est en effet rythmé avec cette même musique, créant une sorte de groove constant à l’intérieur de chaque scène. Et si on peu penser que l’ensemble pourrait paraître au final assez lourd, et par moment clipesque (qui est l’excuse n°1 des critiques cinéma pour dire que la musique et la scène tournée dénote trop de la cohérence du film), il n’en est rien car Edgar Wright use et utilise de différents artifices, qu’ils soient filmiques comme musicaux, afin de proposer un ensemble sonore des plus cohérents.

On peut ainsi tout d’abord voir que Baby Driver use principalement que de musique utilisée, c’est à dire composée et enregistrée par un artiste existant en dehors du film (par exemple Brighton Rock de Queen est une musique utilisée dans Baby Driver). Mais si il utilise presque tout le temps de musiques connues ou méconnues, il le justifie dans son histoire, et comme vous le verrez également sur un plan beaucoup plus technique du long métrage. La bande son est d’ailleurs en elle-même une véritable réussite, piochant d’un côté quelques grand classique, et de l’autre des perles méconnues pourtant réutilisées à foison dans le milieu du Hip-Hop comme sample. On peut d’ailleurs voir ici une réappropriation de la culture du sample dans le film de Wright, de par l’utilisation des chansons et de l’ensemble des sonorités du film.

Ainsi, sur le plan scénaristiques, utiliser de telles chansons est logique. Le film s’inscrit d’abord dans notre réalité, il est ainsi normal de trouver des chansons connus de tous. Le personnage de Baby est un protagoniste où sa vie tourne autour de la musique. En effet, son trait de caractère principal est le fait qu’il ait toujours ses oreillettes, où y est branché un de ses nombreux iPod. On peut d’ailleurs voir que chaque iPod correspond à une émotion du personnage. L’iPod classique correspond à celui du travail, le rose celui de la romance… On peut voir un véritable rappel de l’utilisation des couleurs dans le cinéma de Wright (coucou la Cornetto trilogy).

Si il est encore tôt pour moi pour confirmer cette théorie (n’ayant vu le film que en Français), l’ensemble des dialogues où le nom de Baby est cité semblent être tirés en réalité de chansons. On le voit en tout cas avec le personnage de Déborah, où elle chante la chanson de Carla Thomas dès la scène de la rencontre. Il est amusant de voir ainsi que une partie du flirt entre les deux personnages est une joutes de chansons plutôt sympathique.

Sur le plan technique, c’est là que le son prend tout son sens dans le film. Chaque scène propose une véritable claque en terme de montage et mixage son, repoussant sans cesse les limites du possible. Je suis pour ma part très sensible au fait que lui puisse prendre un tel soin de l’aspect musical dans ses films et c’est une des raisons qui fait que j’aime le cinéma de Edgar Wright. Mais là où Wright posaient des touches par endroits dans ses films (la scène de Shaun of the Dead avec Don’t Stop Me Now de Queen), il décide sur Baby Driver d’exploiter ces essais sur la longueur d’un film entier.

On peut tout d’abord parler de mixage sonore. Le mixage sonore correspond à l’équilibre entre la musique, les dialogues, les bruitages et toute sonorités que vous entendez dans un film. Le but d’un bon mixage son est que l’on puisse entendre chaque aspect de la façon la plus équilibrés possible. On peut bien entendu volontairement baisser ou monter certaines pistes, permettant de donner telle ou telle sensation au spectateur. Faire étouffer d’un coup une voix, ou la rendre muette, peut ainsi provoquer un sentiment de peur. Augmenter le volume d’un pistolet sur un tir précis permet de le mettre en avant, et de vous faire ressentir spécifiquement ce tir.

Dans le cas de Baby Driver, il était, de part la réalisation de Wright, indispensable de se retrouver au cœur de l’action et dans la peau de Baby. La trouvaille sonore qui a été faite est alors la suivante : toute les sonorités du films, dialogues et musique, sont ce qu’entend Baby de ses oreilles. Ainsi, on peut faire tout de sorte de variations sonores habituellement mutantes qui ici marchent foutrement bien.

Imaginez ainsi que vos haut parleurs marchent comme vos oreilles : le personnage écoute de la musique d’une oreille, vous l’entendrez d’une oreille, une balle viens de filer a votre gauche, vous entendre la balle filer vers votre oreille gauche. Ainsi tout le son à été ainsi conçu de façon binaurale et propose une expérience auditive au final exceptionnelle. Je parle ainsi de science du son car au final, Wright a mis de façon pratique l’ensemble des théories physique liées au son, et les mets en pratique dans son film.

J’espère que cette nouvelle chronique vous a plu, et je vous donne rendez-vous, amateur de musique et d’images, au prochain numéro de Musique x Cinéma, qui devrait traiter d’un sujet un peu plus scientifique. A Bientôt !

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