HORROR ZONE : Episode 2

ATTENTION : Cet article contient de nombreux spoilers.

Je suis à quelques jours de la parution de l’article et putain j’hésite.
J’hésite entre deux choses exactement : ressortir toute ma colère envers ce que certaines personnes appellent un « évènement » : la sortie du film Grave de Julia Ducournau ou bien exprimer tout mon amour pour The innocents de Jack Clayton.

J’ai au début penché pour The innocents car je me disais que ce serait ma manière à moi de pointer ce que je considère comme étant du vrai et grand cinéma d’horreur. J’avais même pensé à parler de Massacre à la tronçonneuse, Cannibal Holocaust ou The Devil’s Reject en y associant indirectement Grave afin de montrer subtilement pourquoi ces trois films sont des chef d’oeuvre et pourquoi Grave est une merde détestable. Car oui, j’appuie bien mes mots : Grave est une merde détestable.

Comme vous l’aurez compris, je ne parlerais pas de The Innocents (que je reporte au mois prochain), mais je ne parlerai pas uniquement de Grave non plus. Car ce film fait partie d’un phénomène qui m’échappe complètement aujourd’hui, un phénomène qui consiste aujourd’hui à crier au génie pour chaque film d’horreur « auteur-isant » qui sort presque chaque année et ce au détriment d’autres vrais grands films.

MON CRI D’HORREUR

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ENCORE ET ENCORE

Qu’est-ce qui se passe ?

Chaque année, c’est la même chose et ça ne semble pas vouloir s’arrêter. On entend parler d’un film, du moins d’un titre, que certaines personnes remarquent ici et là car il semble apparaître à l’affiche de nombreux festival indépendants. Puis soudainement, après la première diffusion, c’est l’explosion : les gens crient au génie, le public est soit disant rendu malade, les critiques sont dithyrambiques, le phénomène débarque. Et à chaque fois, tout le monde semble excité à l’idée de voir ce nouveau « phénomène » que l’on nous ressort chaque année. Mais personne ne se rend compte que tout ceci n’est qu’une stratégie marketing qui fait mouche à chaque reprise et ce depuis 4 ans.

2014 : Mister Babadook
2015 : It Follows
2016 : The Witch
2017 : Grave

Le même scénario, le même parcours, le même résultat.

Evidemment, aucun de ces films n’est un succès mondial phénoménal à l’image d’un James Wan ou d’un Mama par exemple, mais tous sortent de leur coquille de la même manière et viennent exciter le spectateur de la même manière.
Mais qu’est-ce qui plait tant dans ces films ? Pourquoi ce phénomène de foire est-il répété encore et encore chaque année ? Mais surtout, qu’est-ce qui cloche ?

UN CINÉMA CONTRADICTOIRE

Déjà, constatons, les points communs entre tous ces films. Ce sont tous des films conçus par des productions indépendantes, mis en scène par des réalisateurs quasi-inconnus, qui ont un aspect assez minimaliste, extrêmement référencé; en bref : des films que l’on pourrait qualifier d’auteur-isant. Par ailleurs, c’est presque le principal (voir un des seuls) argument que beaucoup de spectateurs parisiens rétorqueront contre une quelconque attaque envers l’un de ces films : « Non mais tu comprends, c’est un film de genre mais aussi d’auteur« .

Pointons déjà la première contradiction de ce type de constatation. En quoi un film de genre peut être un film d’auteur ? Car, en réalité, si on y réfléchit bien : ceci est complètement antinomique. On appelle aujourd’hui « films de genre » les films inscrits dans la tendance fantastique – horreur – science fiction – etc. car ce sont des genres qui furent à l’époque mis un peu de côté en vue de leur caractère formel particulier et de leur non adaptation au tout public. C’est à dire que les studios, grands et petits, venaient auprès de leurs spectateurs, avec cette dite classification, pour les prévenir de la teneur des films concernés : on vendait une forme. L’idée du « film de genre » est donc une idée de classification qui ne peut finalement exister hors du système et de l’industrie puisque c’est le système lui-même qui l’a mis en place. Le cinéma dit d’auteur (ce qui, en réalité ne signifie rien d’autre que le fait qu’un réalisateur ait écrit son propre film; désolé de vous le dire mais Transformers est bel un bien un film d’auteur) se veut au départ hors de toute catégorisation, hors de toute idée de case dans laquelle on pourrait le placer.
Donc comment peut-on mettre dans le même panier l’idée d’un film qui veut échapper aux cases mais qui, en même temps, veut complètement y appartenir. Essayez de classifier Pierrot Le Fou de Jean Luc Godard, on trouvera certainement des termes, mais ils se trouveront toujours contredits lorsque on y réfléchira encore et encore. Alors que pour les 4 films dont je vous parle ici, tout le monde maintiendra que ce sont des films d’horreur. Ils sont bel et bien catégorisés par tous et pour tous, donc ils font partie intégrante du système et sont dans l’idée inverse de ce que se veut être au départ un cinéma dit d’auteur.

LES CHOSES A L’ENVERS

Mais ne peut-on pas être un auteur qui veut s’inscrire dans des codes ? Bien sûr que oui, l’un n’empêche pas l’autre. Mais c’est là que la formulation va se trouver être importante et c’est surtout là que nous allons percevoir l’autre problème de tous ces films.
Quand on prend des cinéastes comme Wes Craven ou plus récemment James Wan, on perçoit que leur amour du genre horrifique est indissociable de leur amour du cinéma et surtout de leur manière d’en concevoir : pourquoi ? Parce que tout en faisant des films d’horreur, ces cinéastes ont un propos sur le cinéma d’horreur. Tout comme lorsque Peckinpah fait un western (La Horde Sauvage), que Todd Haynes fait un biopic (I’m Not There), que Welles fait un film noir (La Soif Du Mal), que Friedkin fait un polar (French Connection), que Rob Reiner fait un film romantique (Quand Harry Rencontre Sally), etc.
Les cinéastes qui usent d’un genre le font par amour de ce genre, par ambition d’y proposer de nouvelles choses mais pas seulement. S’ils usent de ce genre c’est parce que celui-ci s’impose de manière évidente à l’histoire qu’ils comptent raconter, c’est parce que le propos a la nécessité d’être appuyé ou bien détourné par les codes du genre dans lequel il s’inscrit. Il faut donc que le genre soit une évidence, qu’il soit en parfaite adéquation avec le propos mais aussi, parce que c’est extrêmement important, le point de vue de l’auteur.

Maintenant prenons trois des films cités plus haut (je ne veux pas me montrer aussi dur envers tous, je séparerai donc Mister Babadook des trois autres, non pas qu’il me plaise franchement, mais qu’il me semble bien plus sincère).
Ce sont des films qui, à mon goût, font la démarche inverse de ce que je viens d’expliquer précédemment. Ce sont des gens, des dits « réalisateurs » qui veulent user du cinéma horrifique uniquement pour donner une prestance particulière à leur film. Parce que le cinéma d’horreur se veut hors des sentiers battus, ils utilisent le cinéma d’horreur pour se montrer à part : ils sont donc typiquement dans cette idée d’ « auteur » qui ne veut appartenir à rien d’autre qu’à lui même, tout en voulant appartenir à quelque chose : c’est tout simplement et absolument contradictoire.
Faire un film de genre c’est aussi accepter son passé : ses codes et ses évolutions, c’est lui rendre honneur, lui faire reprendre vie, lui donner un visage novateur et non pas simplement donner à son film une prestance qui signifierait « Je ne fais rien comme les autres ». Car c’est ce que clament tous ces pseudo cinéastes : ils clament haut et fort que leur regard est différent, que leur regard est novateur, que leur regard transcende le reste; sauf qu’ils ne font, par leur manque évident de vision dans le média horrifique, que répéter des formules et ce de façon maladroite et prétentieuse pour flatter le hipster qui sommeille chez certain.
Parce que c’est vrai quoi : « Le cinéma gore c’est cool ! Y a du sexe, y a du sang, y a de la violence, y a de la bonne musique, ça déchire quoi tu comprends ». En réalité, c’est comme vouloir mettre des paillettes sur une serpillière usée…

LE POP A TOUT PRIX

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Ces-dits « cineastes » osent actuellement citer à tords et à travers le nom de John Carpenter… Y ont-ils compris quoi que ce soit ? Je ne penses pas.
Les gens voient aujourd’hui dans le cinéma de Carpenter ce qu’ils veulent voir dans tous les films actuels : des films fun avec de la profondeur. Il n’y a qu’à observer le succès des films de Nolan ou bien de toute la vague DC/MARVEL actuelle pour s’en convaincre. Et tous ces même gens finissent par devenir, pour certains d’entre eux, des faiseurs de films; et vont, toujours dans cette idée d’assouvir cette envie de « fun profond », proposer des films dont le genre a un aspect pop avec des pseudos préoccupations auteur-isantes. Sauf que Carpenter, c’est absolument tout l’inverse.
Carpenter c’est quelqu’un qui raconte des choses fortes, profondes et subversives et qui, pour cela, use du genre, pour attirer les spectateurs dans les méandres de son chaos. Est-ce que vous saisissez la différence ? Ces nouveaux films offrent la profondeur comme si elle était un bonus au fun, ou bien le fun comme s’il était un bonus à la profondeur alors qu’en réalité ni l’un ni l’autre ne doivent être des bonus, ils doivent se compléter pour raconter une Histoire. Pourquoi John Carpenter commence-t-il Christine avec de la musique rock dansante et des images magnifiques sur la fameuse voiture ? Parce qu’il veut que nous tombions amoureux de la voiture, il veut que nous comprenions l’obsession du héros pour cette voiture. Avancez vers la fin du film, rien n’est plus aussi fun, car nous prenons le point de vue de son ami qui voit maintenant la voiture comme un danger, comme un ennemi, comme le mal. La forme sert le propos et le point de vue d’un film.
Prenons à l’inverse un It Follows, pourquoi ce film est-il aussi esthétisant tout du long ? Brian De Palma ou Michael Mann sont des cinéastes qui ont passé leur vie à créer de l’esthétisme pour le remettre en doute, le remettre en question. Lorsque Michael Mann montre de la violence dans une esthétique publicitaire ou que Brian De Palma montre de la violence dans un style clipesque et pop, c’est pour pointer l’hypocrisie des médias, leur teneur et leur discours. Lorsque Carpenter use de cadres très géométriques, c’est pour signifier un ordre qui va tout doucement être infiltré par le chaos, c’est aussi pour montrer un destin inextricable envahi par le Mal avec un M majuscule. Que montre l’esthétisme de It Follows ? Au-delà de son aspect pseudo référentiel, je ne le vois pas. Le mal n’a pas une conscience ici, le mal ne s’empare pas des autres de par sa propre initiative mais seulement de par l’initiative volontaire ou involontaire des personnages. Là où les personnages de Carpenter se trouvent confronté à un mal calculateur qui les détruit les uns après les autres, les personnages de It Follows ne se trouvent confronté qu’à une maladie sexuellement transmissible. Là où un Tobe Hooper ou un Wes Craven montraient tant dans la forme que dans le fond, une jeunesse naïve pour appuyer le mal qui peut s’emparer d’eux, et ce dans l’indifférence des parents, et pour avertir du monde chaotique qui nous entoure; It Follows ne montre que des adolescents idiots, qui prétendent à une quelconque pseudo maturité soudaine en parlant du porno et des prostitués comme du mal incarné.

Vous allez me dire que « On s’en fout bordel, c’est juste beau et ça fait peur : point barre ! ».
Si vous voulez, mais le cinéma, ce n’est pas juste ça, la beauté doit exprimer quelque chose, tout comme la laideur. Est-ce que vous diriez la même chose si quelqu’un oubliait un mot sur deux dans un bouquin juste pour être à part ? Est-ce que vous diriez la même chose si quelqu’un usait des mots du XVIIIème juste pour faire comme les romans d’époque ?

De plus, quand on a la prétention de se référencer et donc de se mesurer aux maîtres, il faut, au minimum, avoir la prestance de ses ambition et le respect de son héritage.

UNE HORREUR ? MAIS QUELLE HORREUR ?

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D’autant plus que ces films prennent une forme qui n’est absolument pas maîtrisée, qui se fonde uniquement sur du sensationnalisme ridicule ou sur du minimalisme insignifiant.

Dans The Witch, le parti pris proposé est de tout suggérer… enfin pas vraiment… mais quand même un peu… mais pas tout à fait. L’idée est que l’on ne voit jamais la « Witch » en question… Alors qu’on la voit quand même. Bref, en gros, le réalisateur ne sait tout simplement pas ce qu’il fait.
En effet, tout au long du film, les personnages se posent la question de savoir s’il y a véritablement une force maléfique qui s’empare d’eux et si oui, de qui elle provient. Le réalisateur va alors jeter le dévolu de toute la famille sur l’héroïne principale qui est innocente, puisque le réalisateur montre dès le départ cette sorcière qui kidnappe l’enfant dans la forêt ! Nous savons donc que ce n’est pas l’héroïne qui amène tous ces malheurs; mais elle-même ne connait pas l’existence de cette sorcière ! Où le spectateur doit-il donc se placer ? Où doit-il ressentir la terreur ? Là où un Friedkin restera volontiers ambigu les intentions et émotions de ses personnages, nous savons pertinemment que l’héroïne de The Witch n’est maléfique en aucun point, elle doute d’elle-même mais nous ne prenons pas part à ce doute puisque nous savons (ce que nous pouvons aussi constater dans It Follows)
Cherchons donc du côté de l’horreur externe. Doit-on avoir peur de ces interminables plans de forêt sur lesquels le réalisateur place des musiques grinçantes afin dicter au spectateur qu’il doit avoir peur ? Doit-on avoir peur de ces parents dévots trop caricaturaux et plats que pour être vrais  ? Doit-on avoir peur de ces enfants joueurs que le réalisateur passe son temps à excuser tout au long du film sous le prétexte du jeu ?
De plus, que doit-on comprendre de cette fin dans laquelle l’héroïne, soudainement, sans que l’on comprenne pourquoi, décide de devenir une sorcière ? Pourquoi ne se venge-t-elle pas ? Pourquoi ne s’enfuit-elle pas ? Elle suit ce bouc parlant, se met à poil dans la forêt et va prier le diable ! On perçoit alors peut être que l’idée du film aurait été de montrer qu’à force d’être pointée comme le mal, elle le devienne, à l’instar du personnage de Charlotte Gainsbourg dans Antichrist de Lars Von Trier. Mais non, le personnage n’évolue pas, nous ne sommes pas complètement en confidence avec elle, nous ne la comprenons pas toujours ! A force de vouloir faire trop de minimalisme, le film s’enterre dans un vide intersidéral dont aucune force émotionnelle et aucun propos ne ressort.

Grave va alors chercher l’inverse : provoquer, provoquer, provoquer.
Je ne suis pas contre la provocation, mais faut-elle encore qu’elle soit subversive. Mais est-ce qu’un film comme Grave, en l’état, peut être subversif en 2017 ? Absolument pas. Julia Ducournau prétend qu’elle a voulu réaliser ce film pour expliciter l’idée que les cannibales sont aussi des êtres humains. Déjà, qui en doute ? L’idée de l’être humain est induit dans le terme même de cannibalisme. Ça commence déjà mal…
Comment va-t-elle alors tenter de nous faire peur avec ce sujet ? Veut-elle que l’on ai peur de l’autre ? Certainement pas puisqu’elle prend le point de vue du cannibale et que celle-ci n’est absolument jamais en danger face aux autres ! De nous même ? Certainement pas non plus puisqu’elle place ces cannibales dans une sorte de déterminisme ridicule qui voudrait que toute la famille de l’héroïne le soit, et les place donc de fait à part des autres ! De plus, ce n’est pas comme si elle lutait énormément contre ses dites « pulsions » !  Du gore alors ? Aujourd’hui, en 2017, après des Cannibal Holocaust ou des Massacre à la tronçonneuse, on veut nous terrifier avec du sang et des boyaux ? Sérieusement ? Mais elle ne s’arrête pas là, car là est la décadence d’un film aussi ridicule que Grave.
Pour choquer le spectateur, et donc par conséquent l’horrifier, elle va partir dans des extrêmes graveleux qui sont alors la preuve d’un manque total de propos et d’idées, à l’image de ces torture-porns décérébrés. Il suffit de se remémorer cette incroyable scène d’épilation qui commençant sous les bras, finit sur son sexe avec la cire qui colle, un doigt qui se coupe (de manière complètement magique) et un chien faisant un cunnilingus à l’héroïne.
Alors oui, c’est choquant ! Mais pas dans le sens voulu. Je ne suis pas remis en cause une seule seconde moralement quant à ce que je voyais. J’étais juste estomaqué de voir tout ce trash vide de sens et complaisant. Parce que ce que propose Grave c’est du gore gratuit, aléatoire, facile et sans fond. Et pourtant, en soi, le film n’est pas si extrême, il n’est pas à proprement dit dérangeant, il est juste gratuitement dégueulasse. Et je suis un amoureux de Salo de Pasolini, c’est vous dire…

DU PRÉTEXTE

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Donc nous nous retrouvons finalement face à des films prétexte.

Au lieu que l’horreur vienne appuyer une histoire, l’histoire va subir la dictature d’un auteur-réalisateur qui a pour unique but de vouloir faire peur, choquer ou terrifier. L’essence première d’une histoire est donc aliénée par le désir de vouloir faire du sensationnalisme.
Dans certains films nous sommes horrifiés de voir quelqu’un tuer avec violence car nous aimions ce personnage, nous ne voulions pas qu’il sombre dans cet aspect de sa personnalité, dans d’autres films nous sommes horrifiés de voir quelqu’un se faire tuer avec une telle violence parce que cette personne ne le méritait pas, ou a été inattentive ou idiote. Parfois, comme dans le chef d’oeuvre Henry, portrait d’un serial killer, ce sont les deux émotions qui se mêlent. Ici, le gore sert le gore, l’horreur sert l’horreur. Le genre devient donc une boucle vide et auto-satisfaite.

Cimino disait que les films, c’est avant tout des personnages.
Bien que l’on puisse débattre pendant des siècles sur cette pensée, prenons-la dans l’idée que c’est le personnage qui va amener l’histoire et le propos car c’est dans le changement du personnage que tout va s’expliciter. Un récit sera tout autre si un tueur devient flic ou si un flic devient tueur par exemple, on ne raconte pas la même chose, on ne pose pas le même regard.
Mais il ne faut pas oublier que ce changement doit s’opérer au sein d’une évolution et là arrive tout le problème de ces films. L’évolution semble à beaucoup un concept de plus en plus brumeux. Quand on voit que dans The Neon Demon de NWR, il suffit d’une ridicule séquence de 5 minutes avec Elle Fanning devant des néons pour que le personnage change du tout au tout, on se demande pourquoi un Francis Coppola s’est emmerdé à faire d’Apocalypse Now un film de trois heures…
Et bien les trois films dont je parle use du même artifice cynique que The Neon Demon : dans The Witch, l’héroïne passe de la victime acculée mais battante à l’ennemi en une séquence de 5 minutes, dans It Follows… euh… bah… ils changent pas vraiment hormis qu’ils ne baiseront plus que dans le sein de leur propre couple (grand propos mais nous en reparleront juste après) et dans Grave, une végétarienne convaincue se met à manger spontanément de la viande puis devient cannibale sans aucune raison au bout de 20 minutes de film.

Mais où est le mal insidieux qui se propage doucement chez les êtres ? Où sont les questionnements moraux et/ou éthiques chez les personnages ? Où est la lente descente en enfer ? Nulle part. Alors comment justifier l’utilisation de l’horreur si les personnages ne s’y confrontent pas, ne se battent pas pour ou contre ? Tous les personnages de ces films ne font que suivre la vague de ces faux événements sans aucun dilemme, sans aucun choix à faire, sans aucun combat. Ou, quand le combat arrive, dans It Follows par exemple, celui-ci est vain et ridicule : tout au long du film, on voit que la chose est invulnérable mais on doit penser qu’ils vont réussir à l’arrêter en l’électrocutant dans une piscine ? Sérieusement ?

Ces films ne racontent donc rien en soi… Du moins, en terme de cinéma.
Car c’est là qu’arrive le vrai danger et l’importance d’ouvrir les yeux sur ce genre de films. Du mépris que les auteurs donnent à leurs intrigues, des morales douteuses viennent alors apparaître, volontairement ou involontairement, mais pas moins dangereuses…

UN FAUX PROPOS, UNE MORALE DANGEREUSE

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Aujourd’hui, on a la réplique facile pour ce genre de film : « le rapport au corps », « la découverte de la sexualité », « l’adolescence pervertie », etc.. Tant de termes qui en soient ne veulent rien dire et qui pourtant sont dégainés par n’importe quelle personne à chaque fois qu’elle tente de défendre l’un de ces films vides de propos.

Mais, par contre, personne ne semble vouloir voir les choses qui en ressortent véritablement. Prenons 2 films en précis et commençons par It Follows.

PARTIE 1 : IT FOLLOWS

Le débat principal autour de ce film a été de déterminer s’il était puritain ou non. Le plus drôle dans ce débat a été que là où tous ceux qui ont détesté le film ont affirmé que oui,  ceux qui l’ont aimé ont répondu, pour certains d’entre eux oui, et pour d’autres non. Excusez-moi, mais pour ceux qui disent non, il va falloir m’expliciter et avec une argumentation imparable en quoi ce film ne dénonce pas une image biaisée de la sexualité.
Hors l’idée que la chose se transmette par le sexe (comme métaphore des MST ou de la dépravation, on a vu tout de même vu mille fois plus subtil) prenons des propos et des visions de certains personnages du film et ce dans cette petite liste :
_L’héroïne se remémore avec un ami la fois où ils étaient tombé sur une revue porno pour terminer sur un épique « On ne se rendait pas compte à quel point c’était grave ».
_Le personnage le plus vieux de la bande veut leur montrer le soi-disant vrai visage de la vie et il les amène pour ça, à Détroit, où se trouvent des putes moches et vulgaires dans un décor en ruine.
_Le héros le plus gentil n’est pas intéressé par le sexe et n’a que des intentions « pures ».
_Un des personnages mate en permanence l’une des filles du groupe qui bouffe salement, se tient mal et parle mal, avec un regard qui ferait rougir Norman Bates, le tout montré  comme quelque chose de sale et dépravé.
_Lorsque ce même personnage meurt, il finit par être tué par la chose en étant aspiré entre les jambes d’une image de sa propre mère avec un déversement d’eau (donc de cyprine) colossale. Donc, littéralement, le mec baise sa mère.
_Lorsqu’ils pensent avoir tué la chose, du sang coule dans la piscine et ce pile poil entre les jambes de l’héroïne, menstruation ou dépucelage ? Usage d’un symbolisme lourdingue et très étrange dans un moment bien inapproprié du film.

Ceux qui défendront alors que le film est effectivement puritain diront qu’en même temps, le cinéma d’horreur, en particulier le slasher, l’a toujours été (et je rappellerais par la même occasion qu’It Follows n’est pas un slasher puisque l’ennemi n’a pas d’arme blanche…). Et bien je vous rétorquerais que vous avez définitivement tord car bien qu’un certain type de films d’horreur existaient effectivement dans le seul but de condamner l’IVG ou le sexe, les classiques que l’on connait et qui sont restés dans les esprits collectifs ne le sont pas forcément. Le premier argument facile de ce genre d’idiotie est de singifier que les personnages se font toujours tuer durant l’acte sexuel. Il faut déjà savoir que, par exemple, ces types de film ont été produit à une condition sous Roger Corman : que chaque bobine (donc chaque 21 minutes) contienne une scène de sexe et une scène de violence. Sachant que dans ces 21 minutes, certains réalisateurs tentaient tant bien que mal de raconter une histoire concrète, il ne leur restait que peu de temps pour donner aux producteurs ce qu’ils désiraient et donc alliaient le sexe et la violence au sein d’une même scène.
Ensuite, où est la vraie condamnation ? Où sont les méchants désignés ? Car penser que les adolescents sont punis par le tueur c’est penser que le tueur est du côté de la raison. Par contre, réfléchissons dans l’autre sens, si le fou et le mal sont du côté du tueur, il faut réfléchir à pourquoi il tuerait à l’occasion d’un acte sexuel : jalousie, frustration, colère ? Donc, à l’inverse, c’est l’interdiction de l’acte charnel qui a fait de lui un tueur sanglant et le film pointe donc, au contraire, le puritanisme bien pensant comme ennemi ! Il suffit de voir un Psychose, un Carrie au bal du diable ou bien un Maniac pour s’en convaincre aisément.
Mais imaginons que ces films soient vraiment à visée puritaine : vous imaginiez l’hypocrisie de ces films ? On montre de jeunes femmes nues, sexuellement actives, avec leurs formes et leur libido pour repousser les spectateurs ?  Non, bien au contraire, pour les attirer ! Et quand bien même serait-ce un stratagème pour faire rentrer dans les salles des spectateurs, pensez-vous vraiment que cela va atténuer la libido de ces personnes. Pensez-vous vraiment qu’en voyant une Jamie Lee Curtis ultra sexualisée, tous les hommes se sont dit : « Ouh la la la, il faut vraiment que je refrène mes ardeurs ? »

Donc It Follows montre le sexe comme un danger, comme une perversion, comme un aspect non acceptable de l’humanité. Est-ce volontaire ? Peut être pas. Mais il faut réfléchir avant de mettre un quelconque dialogue dans la bouche d’un personnage ou un quelconque plan dans un film. Le diable est dans les détails.

Parlons maintenant du film cible d’origine.

PARTIE 2 : GRAVE

Grave est l’exemple le plus flagrant de ce que je veux vous énoncer ici.

Julia Ducournau certifie avoir pris le prétexte (encore une fois) du végétarisme uniquement pour faire passer son personnage d’un extrême à l’autre. Pourquoi pas ? Ce peut être intéressant d’autant plus que les personnages de végétariens ne sont que très peu représentés au cinéma hormis dans leur version caricaturale. Mais au final, on découvre évidemment que la réalisatrice ne s’est absolument pas posée la question de ce qu’amenait un tel choix ! La végétarienne est encore montrée dans une caricature primitive : une jeune fille naïve, vierge, gentille et bonne sous tout rapport. Et alors qu’elle se met à manger de la viande et cela au bout d’une vingtaine de minutes de film (elle ne devait pas être très concernée par son végétarisme), elle perd sa naïveté, devient sexuellement active et montre de la colère.
Donc, en résumé, être végétarien signifie être naïf ? Certains d’entre vous vont me dire que c’est un raccourci facile mais pourtant, c’est bel et bien ce qui est explicité dans le film. D’autant plus qu’aucun autre personnage ne vient contredire cela et que l’on apprend qu’elle a été conditionnée à cet effet juste pour éviter de devenir cannibale ! Certifier l’inverse, ce serait comme affirmer que Birth Of A Nation de Griffith n’est pas un film raciste.
De plus, Julia Ducournau s’est amusée d’une femme, quittant un débat autour du film, qui se sentait insultée par le fait que la réalisatrice ait affirmé que les animaux ne soient qu’une toile de fond car, de toute façon, ils n’avaient pas de conscience (ce qui est scientifiquement inexact par ailleurs !). La réalisatrice s’est moquée de cette femme alors qu’elle fait un film sur un personnage végétarien. La réalisatrice affirme que violer un singe, c’est moins grave que de violer un être humain et donc contredit et méprise les pensées de son héroïne au début du film. Si elle a exprimé un tel mépris envers cette spectatrice, un tel mépris envers les pensées de son propre personnage en début de film, comment ne pas voir un mépris explicitement exposé envers toute idée de végétarisme ou du moins un manque absolu de considération envers un public qu’elle vise presque intrinsèquement de par son pitch ?

Mais ce n’est pas tout. Car de la fainéantise du scénario ressort d’autres faits tout simplement scandaleux.
Par exemple, on constate durant le film que l’héroïne a des poils sous les aisselles. Au début on peut trouver ça super : enfin du cinéma qui ose montrer autre chose que ces stars sur-maquillées et sur-épilées; de plus, les plans n’insistent pas sur ce détail, on l’aperçoit tout simplement. Mais c’était sans compter sur cette scène durant laquelle la grande sœur lui signifie que pour être une vraie femme : il faut s’épiler. Et, histoire de rentrer encore plus dans la sexualisation, alors qu’elle allait lui épiler les aisselles, elle se décide à lui épiler le sexe. Que doit-on comprendre de ça ? Que la grande sœur a une vision bien étriquée de la féminité ? Apparemment pas, puisque l’héroïne se met à se maquiller et s’habiller différemment alors que l’on nous signifie qu’elle « devient une femme ». Et encore une fois, aucun autre personnage ne vient contredire cette vision de la femme.
De plus, voici la représentation de la sexualité d’une femme : une nana qui danse sur Plus pute que toutes les putes en se roulant des patins devant son miroir ? Une nana qui regarde avec un regard ridicule les mecs, les jambes écartées dans une boîte ? Ça ne me gène pas de voir des héroïnes à la sexualité débridée, je suis le premier fan du Nymphomaniac de Lars Von Trier, mais tout est une question de point de vue en cinéma. Et là, le point de vue est fortement douteux lorsqu’il s’agit de dire que grandir en tant que femme c’est s’assumer comme pute, se maquiller et s’épiler. On est loin du Guilty of Romance de Sono Sion.

Mais si ça ne s’arrêtait que là… car voilà qu’arrive le personnage de l’homosexuel ! Une caricature détestable d’un personnage qui, de plus, n’a absolument aucune consistance et aucun rôle dans l’histoire. Ducournau nous propose en effet ce personnage de rebeu fan de boxe en semblant vouloir nous dire que même eux peuvent être homosexuel ! C’est incroyable ! Même un arabe sportif peut être homo ? De quoi !? Un cannibale c’est un être humain ? Les portes ouvertes s’enfoncent encore et encore à l’image de ces films de banlieusards français où on nous montre qu’ils ne sont pas tous méchants ! Sans rire ? Mais c’était sans compter sur le fait que ce personnage se mette soudainement à coucher avec les deux sœurs ! Comme ça, sans que le film ne s’attarde sur cette idée tout de même assez saugrenue ! Bien sûr que ça peut arriver, mais pourquoi affirmer l’homosexualité de son personnage pour la détourner, et ce sans rien raconter ou sans s’attarder une seule minute sur sa psychologie ?

Donc, si on synthèse le tout et que l’on prend en compte l’idée que, d’après la réalisatrice elle-même, ce film peut parler d’une sorte de retour à l’instinct primaire; on en déduit que les végétariens sont des hypocrites, que les vraies femmes vivent pour être sexualisées et que les homosexuels ne sont que des hétéros refoulés.

Certains me rétorqueront peut être que ce n’est pas ce que la réalisatrice voulait dire. Mais quand on écrit un scénario et qu’on le filme, on prend attention au moindre détail. Et chaque évolution de personnage doit porter un propos et la manière de le filmer doit donner un point de vue.
Et je suis stupéfait de voir que personne ne prête attention à tout cela, que l’on puisse crier au chef d’oeuvre devant des films qui affichent un tel mépris pour ce qu’est et doit être le cinéma et donc un tel mépris pour les maîtres qu’ils, soit disant, « adulent ». Car de là vient aussi la supercherie : de ces « réalisateurs cinéphiles » auto-proclamés qui viennent justifier leur film en ne parlant que d’autres œuvres. S’il vous plait, concentrez-vous sur les vôtres, ce sera déjà beaucoup.

DU MENSONGE

Voilà ce que sont ces films : du mensonge.

Ce sont des films qui mentent sur ce qu’ils sont, qui mentent à leur spectateurs et qui mentent au cinéma même. De tous ces films ressortent un mépris et un cynisme déconcertant dont personne ne semble se soucier mais dont tout le monde semble, au contraire, se réjouir.
Ce sont des films dont on nous rétorque qu’ils expriment une vérité alors qu’ils ne dépeignent que des époques révolues et/ou des personnages qui n’existent que dans la fantasmagorie de leur réalisateur. C’est bien le fantasme : quand Cimino fantasme d’une certaine Amérique c’est magnifique, mais il faut que ce soit un fantasme contrôlé, subtil et non mensonger. Car quand Cimino fantasme une Amérique, il ne le présente pas comme une vérité, mais comme un possible, comme un rêve. Que dire au contraire de tous les adolescents dans ces films ? J’ai une petite sœur de 17 ans, elle est typiquement l’adolescente de sa génération, celle des réseaux sociaux, de l’alcool, des fêtes, etc. donc elle est typiquement le sujet de ces films. Et bien je suis désolé mais je ne la voie nulle part, ni elle ni ses amis. Je ne vois qu’un fantasme de gens qui aiment à s’imaginer que la jeunesse ne vit que dans l’idée de faire des orgies, de se démonter la gueule à la drogue ou à l’alcool et de ne pas se soucier de leur avenir…

Franchement… L’adolescence actuelle est une adolescence qui ne se remet pas en question ? L’adolescence actuelle est-elle véritablement ce portrait de perdition que l’on en fait, insouciante au possible ? Et attention,  je ne parle de ces ados et de leurs préoccupations carton pate semblant sortir d’un pulp risible dans It Follows. Non, absolument pas.
La jeunesse actuelle n’a jamais été aussi effrayée par le futur, aussi incertaine de son avenir, et pourtant on persiste à s’attarder dans la présentation d’une pseudo dépravation sur laquelle les cinquantenaire aiment se masturber allègrement. Et encore, quand on sait les penchants douteux de Larry Clark et qu’on voit ses films, on se dit que même des vieux pervers cinquantenaires saisissent mieux la jeunesse que ces trentenaires en manque de gloire et d’auto-congratulation.

Voilà ce qu’est le cinéma d’horreur célébré en ce moment même.

Raphaël K, votre serviteur en colère.

 

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